mercredi 21 février 2018

Human flow

J'attendais avec impatience la sortie en salle de ce film d'Ai Weiwei et quelle ne fut pas ma surprise de le voir si peu distribué. Même à Paris ! ça me parait dingue surtout que le sujet du film est d'actualité. Les migrations, c'est quand même un thème qui intéresse, non ? Le bon côté de tout ça ? J'ai découvert des cinémas, certes un peu loin de chez moi, mais qui ont une sélection intéressante. 

Et le film en lui-même ? J'en sors un peu mitigée. C'est (très/trop) esthétique, avec un peu trop de drones parfois. C'est divers, on passe du Bangladesh au Kenya, à la Grèce, au Mexique, etc. Ce n'est pas trop bavard. C'est documentaire avec des interviews de représentants du HCR ou d'autres ONG. C'est proche des réfugiés, enfin de certains, avec des interviews et des scènes de camps ou de sauvetage. Mais... c'est aussi très autocentré, on voit beaucoup trop Ai Weiwei. On comprend à la fin que ça sert presque uniquement à justifier les échanges avec la police américaine mais c'est à la limite de l'indécent parfois (femme qui vomit). Et c'est un peu long, il y a des rush qui méritaient d'être coupés, qui se répètent, qui n'apportent pas grand chose alors que d'autres choses semblent manquer : l'Afrique est peu présente en images alors que le nombre de réfugiés qu'elle abrite est énorme. L'Asie est oubliée, à part quelques images du Bangladesh et des Rohyngas. Bref, c'est un peu brouillon alors que les chiffres, les interviews, la diversité des lieux tendait à nous faire croire à un film exhaustif. Malgré ces critiques et les limites de l'exercice, une chose est sûre : ces situations nous paraissent intolérables. Que penser de ces familles entassées à la frontière macédonienne ? De ces réfugiés installés hors de leur pays depuis 25 ans et plus ? De ces personnes qui traversent les mers au risque de leurs vies ?


Images de misère et d'ennui, de destruction et de fuite se mêlent dans un gigantesque kaléidoscope où les hommes et les responsabilités sont diluées, où tout se mélange... 

lundi 19 février 2018

La grande vie

Un peu de Christian Bobin pour éclairer nos matins, pour mettre un peu de douceur dans les transports en commun, pour se mettre dans l'oreille d'autres refrains. 

C'est un petit livre poétique, aux textes divers, du paragraphe à quelques pages, qui va de l'oiseau à la célébrité. C'est un livre qui ne se résume pas. Qui sait passer de Maryline à Thérèse, la petite sainte de Lisieux. Dont certains mots nous percutent. Il faut être là, présent au livre. Il ne se dévore pas entre deux trains, la tête à moitié ailleurs, il se savoure tranquillement. Il peut se garder longtemps sur une table de chevet, entre deux textes. Il n'est pas urgent, pas pressé. Il est simple. Il parle de toutes ces petites choses qui font la vie, qui font l'écrit, qui font le livre, qui font vivre.

"Un livre nous choisit. Il frappe à notre porte. La charité, monsieur. La charité de me donner tout votre temps, tous vos soucis, toutes vos puissances de rêverie"
"L’extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brule la main qui la saisit"

lundi 12 février 2018

On ne m'écoute pas !

Et ce serait pas mal qu'on ne me lise pas. Franchement ce bouquin d'Alain Braconnier n'a pas d'intérêt. On aligne les évidences, on met un petit vernis de témoignages, et on envoie à l'impression. Pas de structure, pas de contenu. A éviter ! 

A la rigueur, lisez le "Bref rappel" mais guère plus !

"Cinq principes généraux
Savoir à qui l'on s'adresse, savoir écouter son interlocuteur
Oser s'exprimer
Rechercher l'authenticité dans l'échange en laissant de la place à chacun des deux interlocuteurs
Chercher les mots justes et ceux qui touchent. S'exprimer clairement
Susciter l'empathie"

Voilà, ça vous donne une idée du bidule, répétitif, peu concret. Bref, pas sûr que ça change votre vie.

mercredi 7 février 2018

Les mains de Selim sur le corps du Christ en croix

C'est sympa, on commence à se prêter des bouquins au boulot ! Sans quoi je serais probablement passée à côté de ce joli roman de Jean-Marie Gourio. 

Christ Santa Rosa, ParaguaySelim a brulé une voiture, commis pas mal de vols, et il a passé quelques mois enfermés. Mais aujourd'hui, il est heureux. On lui a donné sa chance Au bois doré, une ébénisterie. Il y est avec deux autres apprentis. Anciens voyous. Et un patron qu'il admire, Gabriel dit l'Archange, qui fait éclore des vies sur des copeaux de bois. Des mains d'artiste.

Et ça lui plait à Selim. Il aime ce travail. Il aime les gens avec qui il crée des meubles. Il offre un autre chemin à sa famille. Il fait la fierté de son grand-père, qui s'est cassé les reins à construire les routes de France. De sa maman, qui n'a pas le droit de se teindre les cheveux. Seul son frère, Farid, dénigre son travail et passe son temps à admirer les actions des extrémistes. Au milieu, le père, indifférent, suit la voix du plus fort. 

C'est un roman de rédemption et d'amour du travail, un roman sur les lois religieuses, les lois des hommes et leurs peurs. Un joli roman, plein de finesse. 

lundi 5 février 2018

Accroche ta vie à une étoile

Cet ouvrage est un entretien de Stan Rougier, prêtre, avec Jean-Pierre et Rachel Cartier. Le prêtre partage des éléments de sa vie personnelle et familiale : son enfance, ses amours, sa vocation difficile, son travail auprès des jeunes. Et il partage ce en quoi il croit : sa foi, la tendresse et l'amour. Il se fait témoin pour le lecteur.

"Dire que l’avenir est à la tendresse, c’est dire qu’il y a un bel avenir pour ceux qui croient à l’amour. Les jeunes qui y croient ou voudraient y croire n’ont jamais été aussi nombreux. Vous avez dû vous-mêmes le constater : quand on interroge des gens qui sont d'une grande efficacité dans le monde actuel, aux premières lignes dans le combat contre l’injustice et les sources du mal, ils sont avant tout sensibles à cette dimension d’écoute et de partage. Ils savent que les hommes ont encore plus besoin de reconnaissance de leur dignité que de pain. rajoute qu’il ne faut pas se a payer de mots. Ce n’est pas parce qu’on a prononcé le mot amour que sa réalité va surgir. L’éducation à la tendresse est une longue tâche. D’autant plus qu’il faut toujours se méfier des contrefaçons"
"Elle répétait souvent :"Les êtres n'existent dans leur plénitude que lorsqu'ils sont regardés avec amour". Elle s'orientait vers la pédiatrie et elle s'occupait des enfants avec une tendresse extraordinaire. "C'est l'amour seul qui fait exister les êtres" C'était là son inspiration. Elle est devenue aussi la mienne"
Keith Haring, Untitled
"Dieu est présent dans toutes les formes vivantes. J'aime cette idée que j'ai trouvée dans une Upanishad : « Dieu pèse dans la pierre, pousse dans la plante,  respire dans l'animal, aime dans l'homme. » L'Inde et saint François se rejoignent ! L'école ne peut leur donner tous les éléments de leur formation, si bien que les jeunes sont frustrés dans plusieurs dimensions de leur être, leur profondeur, leur originalité, leurs talents, la faculté d'accueillir l'autre, de communiquer avec lui et se s'émerveiller ensemble de ce que l'on découvre"
"Je me disais : "Peut-être vont-ils tout de même se poser quelques questions : "Ce type là aurait pu vivre la vie de tout le monde. Qui l'a donc saisi pour le mettre ainsi totalement à notre service ?" 
- Crois-tu qu'ils se la posaient cette question ? 
Je n'en sais rien. Je rongeais mon frein en me demandant si j'allais rencontrer un jour des jeunes visités par des curiosités spirituelles, portant en eux des interrogations autres que : "A quelle heure on mange?" Ceux-là n'en portaient pas. Ils n'avaient que des problèmes d'identité [...] J'étais un peu le prolongement de la générosité de Dieu pour eux, mais j'airais voulu Le leur révéler plus totalement. Leur dire : "Non, Dieu n'est pas celui qui vous croyez. Il n'est pas quelque chose d'abstrait, de flou. Il est présent dans votre vie. Il vous aime d'un amour infini !" Hélas ! cela ne passait pas. Pourtant, ma foi était au maximum de son intensité"
"Au fond, le grand message des jeunes est double. "Aimez-moi ou je meurs" chez les déprimés, ou bien "Aimez-moi ou je mords" chez les violents"
"Avec les jeunes, la bonne issue ne se trouve pas dans le "il faut", "tu dois", mais dans le désir à faire naître. Là, il n'y a pas de recette, c'est une contagion d'enthousiasme"
"Plus que jamais, peut-être parce que la société semble avoir perdu ses repères habituels, les jeunes sont à la recherche de leur identité. Ils ont peur que leur originalité soit gommée. Ils ont peur de passer à côté de l'essentiel, de ne pas réussir leur vie ! C'est long une vie ratée. Beaucoup ont la panique à fleur de peau. Ils ont besoin de quelqu'un qui les aide à réfléchir, à se poser les bonnes questions, à découvrir que Dieu les aime et les accepte comme ils sont. Ils ont besoin aussi de savoir à quoi, à qui ils pourraient bien servir, où ils pourraient donner leur générosité, libérer leur trop-plein de vitalité"
"Les jeunes peuvent comprendre que les souffrances et les injustices du monde actuel ne sont pas un spectacle devant lequel on va répéter, bien assis dans son fauteuil, que Dieu est méchant. S'ils entendent Dieu leur dire : "Viens, aide-Moi à sauver le monde ; J'ai besoin de toi", alors tout change, tout bascule. Au lieu de se cogner la tête contre les murs en se disant : "Ce monde est mal fait", au lieu de crier : "Arrêtez le train, je veux descendre", ils vont demander : "Dites-moi où je peux être embauché !"
"Lorsque l'on aime et lorsqu'on est aimé, on se sent justifié d'exister"
"Comme le dit saint Augustin :"Dieu t'est plus intime que toi-même". Cela veut dire que Dieu est en toi, que tu es tissé dans l'étoffe divine"

vendredi 2 février 2018

Antigone

Je connais bien celle d'Anouilh et de Sophocle, je lorgne sur celle de Bauchau (comme sur toute son œuvre) depuis mes débuts dans la blogo sans jamais passer le pas. Et voilà qui est fait. Sans difficulté ni inquiétude. Une lecture qui arrive à point. 

Une lecture de l'histoire d'Antigone plus fouillée que celles que je connaissais, qui laisse véritablement s'épanouir le personnage, qui creuse la rivalité entre Etéocle et Polynice, ainsi qu'avec Ismène. Une Antigone qui ne cherche que l'authentique, le vrai. Sans froufrou. A travers l'art et la médecine. Une Antigone qui veut la vie. E qui avance sans peur vers la mort. 

Comme j'ai aimé ce personnage. Comme j'ai aimé cette réécriture, empreinte d'hommage à la mythologie grecque, à la culture de l'hybris et de ses conséquences, à la culture politique mais aussi psychanalytique. Cela en fait un roman riche, aux lectures multiples. Sans parler du style, assez lyrique et poétique. S'il m'a pesé au début, je me suis étonnée à l'apprécier de plus en plus en avançant dans ma lecture. 

"Est-ce qu'il ne faut pas être rejeté pour devenir soi même ?"
"C'est aussi tellement toi, Antigone, cette confiance intarissable dans l'action de la vérité, dont on ne sait si elle est magnifique ou seulement idiote. Crois-tu qu'on peut, sans délirer, espérer comme tu le fais ?"
"Avec toi, on croit aux dieux, à ceux qui éclairent et à ceux qui transpercent. On croit au ciel, aux astres, à la vie, à la musique, à l'amour à un degré inépuisable. Toujours tu es celle qui nous entraine grâce à tes yeux si beaux, à tes bras secourables et à tes grandes mains de travailleuse qui ne connaissent que compassion"
"Demander, recevoir parce qu'on a eu la confiance de demander, on s'aperçoit alors qu'on ne mendie pas seulement pour survivre, on mendie pour n'être plus seul"

lundi 29 janvier 2018

L'enchantement simple et autres textes

C'est toujours un enchantement que de lire Christian Bobin. Il n'y a pas forcément d'histoire mais il y a des mots. Et derrière ces mots, des messages forts sur la vie, l'amour, la joie. Avec ces quatre recueils, c'est plutôt sa poésie que je découvre à travers L'enchantement simple, Le Huitième jour de la semaine, Le Colporteur et l’Éloignement du monde. D'abord autour d'Hélène, petite fille de quatre ans, de ses gestes, de ses jeux, des ses sommeils. Puis de tout ce qui fait la vie. Difficile de vous partager autre chose que ces passages choisis, qui expriment certainement mieux sa plume que tout ce que je peux vous dire. 
"Dans Pascal, par exemple : "Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais." Étonnement à lire Pascal. Lecture étonnée"
"Je vous écris l'évidence : que chaque soir je vais m'endormir dans le lit que me fait votre voix"

"Qu'est-ce donc que la vie ordinaire, celle où nous sommes sans y être ? C'est une langue sans désir, un temps sans merveille. C'est une chose dure comme un mensonge. Je connais bien cet état. J'en sais - par le cœur - la banalité et la violence. L'âme y est comme une ruche vidée de ses abeilles. L'âme, c'est-à-dire le corps, c'est-à-dire l'aube, c'est-à-dire tous les noms du monde, car tous les noms sont les pétales d'une unique fleur de songe, l'âme donc, s'abstrait, s'évade, s'ennuie. S'étiole. Quelques semaines passent ainsi, trois, quatre tout au plus : l'éternité, celle qui gouverne le sommeil et les pierres"
"Au fond, si la vérité nous fait parfois défaut, c'est parce que nous avons commencé à lui manquer, en prétendant la régenter et la connaître. Alors il est juste qu'elle nous châtie et nous renvoie dans le noir, congédiés par une peine qui nous rappelle à notre solitude comme à un devoir trop longtemps négligé"

"Ce n'est que dans l'amour - dans la délicatesse d'une main, la lenteur d'une voix ou le tourment d'un regard - que chaque chose retrouve sa place, toute sa place, au centre périssable d'elle-même : l'éternité est la part la plus friable du corps"
"Ne servir que ce maître-mot : l'amour. Ce gueux, ce mendiant, cette aurore qui gagne en nous comme un incendie, de proche en proche embrasant la forêt endormie dans l'arrière-pays de nos pensées, là où nous ne savons plus, là où nous arpentons, dans la dissolution de tous repères, une vie crue, sauvage et d'un seul tenant. Reconnaître cette allure gauche qui est la sienne, à tenir dans le creux de ses mots une rose d'eau vive et à trébucher souvent sur le chemin inégal, sans jamais rien en perdre. Entendre la lenteur de son pas : comme elle est nécessaire. Comme folle serait l'impatience..."
"L'enfant prodigue, s'il revient, ce n'est pas pour demander l'asile d'un pardon. S'il entre dans la maison, c'est avec, à ses bras, la folie d'une lumière conquise à mains nues dans l'ardeur d'une mort. S'il revient en eux - qui ne l'ont pas connu - c'est après un long détour, par des portes dérobées qu'ils ont négligé de condamner, dont ils n'ont plus souvenir. S'il parle, c'est pour bouleverser, non pour apaiser"
"Si nous considérons notre vie dans son rapport au monde, il nous faut résister à ce qu'on prétend faire de nous, refuser tout ce qui se présente - rôles, identités, fonctions - et surtout ne jamais rien céder quant à notre solitude et à notre silence. Si nous considérons notre vie dans son rapport à l'éternel, il nous faut lâcher prise et accueillir ce qui vient, sans rien garder en propre. D'un côté tout rejeter, de l'autre consentir à tout : ce double mouvement ne peut être réalisé que dans l'amour où le monde s'éloigne en même temps que l'éternel s'approche, silencieux et solitaire"
"Nous sommes devant la vie comme devant un messager qui frapperait chaque matin à notre porte. Nous l'invitons à entrer, nous le faisons asseoir et nous commençons à lui confier nos espérances et à lui faire part de nos plaintes, avant de lui proposer de partager notre repas et de nouveau la litanie des plaintes, le bavardage des espérances, à présent c'est le soir, nous le raccompagnons à la porte et nous le saluons sans avoir pensé une seconde à lire cette lettre qu'il agitait tout ce temps sous nos yeux"
"C'est un étrange métier que celui d'écrire parce que c'est moins un métier qu'un état et moins un état que l'espérance de cet état de plénitude qui, si nous pouvions l'atteindre et y demeurer indéfiniment, nous dispenserait d'écrire"
"La sainteté a si peu à voir avec la perfection qu'elle en est le contraire absolu. La perfection est la petite sœur gâtée de la mort. La sainteté est le goût puissant de cette vie comme elle va - une capacité enfantine à se réjouir de ce qui est sans rien demander d'autre"
"Il nous faut, en même temps qu'au monde, résister au souci que nous avons de nous-mêmes, autre voie par laquelle le monde pourrait revenir vers nous comme un rôdeur dans la maison ensommeillée"

mercredi 24 janvier 2018

Aïe, mes aïeux !

Encore un livre qui était sur ma PAL depuis bien longtemps et que j'ai découvert avec beaucoup d'intérêt. Cet ouvrage d'Anne Ancelin Schützenberger nous éclaire de façon très pédagogique sur les liens transgénérationnels. Exemples et théories se répondent pour plus de clarté.

Degas, famille Belleli

L'introduction nous donne quelques éléments historiques sur le développement des thérapies familiales et génosociogrammes. Sont abordées les questions de la parentification (enfants qui deviennent parents de leurs parents), de la comptabilité et la loyauté familiale (dettes et injustices), le syndrome d'anniversaire (reproduction d'un même phénomène aux mêmes âges), le fantôme (un secret familial qui resurgit chez un descendant), etc.

"Cette répétition d'événements, à chaque génération, sur deux cent ans : comment ? Pourquoi ? Que s'est-il passé ? Où cela s'inscrit-il dans l'inconscient personnel et familial ? Comment la transmission se fait-elle ? Est-ce une sorte d'engramme ? Quel sens cela fait-il ? Comment arrêter la chaîne ? Pourquoi et comment une parole (thérapeutique) l'arrête-t-elle ? Que se passe-t-il dans cette famille pour que l'ainé des enfants meure ? Ce sont des gens sérieux, responsables ; ils vivent dans de bonnes conditions ; ils font attention à leurs enfants. Que se passe-t-il pour que, de la Révolution à nos jours, soit sur sept générations, il y ait eu un acte manqué et qu'un enfant (l'ainé) tombe malade, ou se blesse et meure ?"

Puis, il est question de l'élaboration d'un génosociogramme et des codes à l'origine de celui-ci. C'est un peu comme un arbre généalogique mais avec les bâtards, les drames, les secrets... Puis de l'utilisation de celui-ci, souvent en thérapie de groupe. Cela permet à des personnes d'horizons différents d'éclairer réciproquement leurs histoires familiales. Et de tenter de la guérir.

Et pour faire évoluer les choses, éviter ces anniversaires ou loyautés malheureuses, ce n'est souvent pas un individu qu'il faut accompagner, mais la famille-même. Et bien sûr, en comprenant bien les systèmes de loyauté et les règles implicites, ainsi que celui qui en est le garant. 

Un ouvrage passionnant, aux exemples souvent surprenants et édifiants. Petit secret, grande injustice, tout semble se transmettre dans les familles. Bonnes fêtes de famille et bons secrets !

lundi 22 janvier 2018

Qu'est-ce qui te ferait danser de joie ?

Arbre paraguayC'est une bonne question, non ? C'est celle à laquelle a tenté de répondre Nicolas Métro. Et aujourd'hui, il part de son expérience pour nous aider à trouver notre voie à travers ce livre de développement personnel. 

Au programme, des chapitres qui s'égrainent comme les étapes d'un voyage. Qui invitent à se mettre en mouvement, par des petits exercices, des témoignages, des conseils (parfois du blabla). S'inspirant de sa propre expérience de reconversion et de voyage, l'auteur nous invite à sortir des limites que nous nous sommes (consciemment ou inconsciemment) fixées pour développer nos envies et notre potentiel. Il illustre (au propre et au figuré, vous verrez, c'est joli) également ses exemples par des comparaisons avec des arbres. Ce qui fait sens pour son parcours puisque Nicolas Métro est un entrepreneur qui valorise l'arbre au service des hommes. 

Est-ce que ça marche ? Je n'ai pas encore vraiment trouvé ce qui me fait danser de joie. J'ai quelques pistes. Je n'ai pas forcément découvert beaucoup de choses inconnues mais j'ai été touchée par certains témoignages. Et j'ai trouvé les petits exercices sympathiques quoi que parfois un peu simplistes ou répétitifs. 

Bref, pas sûre que ce soit exactement ce que j'attendais de ce livre (une approche plus pratique), qui va dans le sens de pas mal d'ouvrages ou d'associations qui travaillent sur le développement intégral. 

mercredi 17 janvier 2018

La mort aux frontières de l'Europe : retrouver, identifier, commémorer

Je ne sais pas ce que vous pensez des histoires de migrants et réfugiés, si l'hospitalité vous tient à coeur, mais moi ça me questionne. Vous ne trouvez pas ça bizarre qu'on puisse s'expatrier un peu partout, voyager, être touristes et que d'autres soient malmenés à nos frontières ? Qu'il y ait de bons voyageurs et de mauvais migrants ?
Alors je lis, j'écoute, je m'informe. Visiblement, il y a pas mal de titres de cette "bibliothèque des frontières" qui pourraient m'intéresser. J'ai commencé mon exploration avec la question des morts qui disparaissent à nos frontières. C'est un ouvrage coordonné par Carolina Kobelinsky et Stefan Le Courant.

Il s'articule selon les chapitres suivants :
L'identification des corps
Les commémorations des défunts
Les récits des morts

Il y a bien des points de départ pour aborder la migration. Ce livre s'intéresse aux morts. Ces morts de la Méditerranée ou du Sahara, ces morts anonymes et souvent peu recensées. Les morts d'une guerre qui ne se dit pas, une guerre des frontières de l'Europe, avec les ressources sophistiquées de l'agence Frontex.
"Malgré la fragilité des chiffres, enregistrer et quantifier les morts et disparus de la migration constitue un enjeu politique majeur. Chiffrer permet de rendre visible une réalité difficilement saisissable par la litanie des faits dramatiques. Les chiffres deviennent alors un instrument d'interpellation de l'opinion publique ; ils donnent dans le même temps une existence et une dimension politique à ces morts. Chiffrer permet de sortir de la logique du fait divers tragique pour faire de ces morts l'enjeu d'un problème public, tant au niveau national qu'international. Ces chiffres soulèvent la question de la responsabilité de ces décès et des moyens mis en oeuvre pour venir en aide aux migrants en détresse"

Venons en à cette question de la responsabilité : 
"Dans les discours politiques ou médiatiques dominants, les migrants morts aux frontières sont moins présentés comme une conséquence du régime contemporain des frontières que renvoyés à leur responsabilité individuelle ou plus exactement à leur irresponsabilité. Ce sont les candidats à la migration qui sont accusés de prendre des risques démesurés. Cette vision simpliste occulte tout d'abord les circonstances de cette prise de risque. Fuyant les guerres, la famine ou l'effrayante perspective de n'avoir aucun avenir chez eux, les candidats à la migration acceptent de prendre des risques pour ne pas en subir d'autres, qu'ils estiment bien plus périlleux. Prendre un risque, c'est se projeter là où un avenir dans un temps et un ailleurs semble possible, quand le ici et maintenant ne l'est pas ou ne l'est plus. Les candidats à la traversée sont tous conscients de mettre leur vie en péril. Tous ont entendu parler de naufrages, beaucoup ont perdu un proche pendant la traversée"

Et l'on ne parle souvent que des méchants passeurs qui font leur blé sur le dos des naïfs migrants. Mais n'est-ce pas une construction médiatique ? Que comprend-on de l'urgence réelle de passer les frontières ? De fuir des situations intenables ? Les médias favorisent le développement d'un imaginaire de l'invasion, de l'entrée illégale généralisée en Europe. Mais c'est loin d'être le cas : la majorité des migrants restent dans les pays frontaliers du leur, espérant un retour rapide chez eux. Et ce n'est pas tant un assaut migratoire de nos murs, un siège de l'Europe que le durcissement des frontières et notre enfermement qui poussent les personnes à des actes extrêmes.
"En restreignant les possibilités légales d'accès aux territoires européens, la politique crée les conditions propices à l'apparition et à la prospérité de ces "passeurs""

L'ouvrage fait aussi un point rapide sur le visage au-delà du chiffre. Quels outils pour identifier les morts ? Quelles données ? Comment sortir de l'anonymat ? Il existe des bases de données, des informations détenues par l'une ou l'autre association, municipalité, bref ces personnes qui ont enterré les morts. Comment croiser ces données ? Comment faire savoir à la famille que l'un des leurs a disparu ?
Il y a urgence à nommer puis à commémorer ces défunts, à souligner les difficultés des passages, à sortir du cimetière anonyme, à donner une voix à ces disparus, souvent oubliés ici mais attendus là-bas.
"Au delà de la mort, le spectre de la disparition sans laisser de trace, sans qu'aucun proche ne le sache, hante le quotidien des migrants aux frontières"

Alors, durcir les frontières, est-ce réellement une solution ? Le nombre de morts devrait nous signaler que non. Et cette violence est institutionnalisée et légitimée par nos États, au-delà des considérations humaines, reste une violence inacceptable. Et ce n'est pas seulement l’État qui est responsable, nous sommes en démocratie, c'est un peu chacun de nous.

lundi 15 janvier 2018

Comment se dire adieu ?

Oulala, je ne saurais vous dire depuis combien de temps on m'a offert ce livre mais ça fait un bail que je vois sa couverture dormir dans ma PAL. Laurie Colwin, ça ne me tentait pas. Et puis le thème de la danseuse convertie en mère au foyer, ça n'envoyait pas du rêve. Pourtant, la lecture du roman fut agréable, non dénuée d'humour et de questions sur notre place dans le monde, tout cela sur un ton léger.

Géraldine a plaqué sa thèse. Elle est partie danser et chanter pour Ruby Tremblay et les Tremblettes. Et puis, elle a fini par se caser. Passionnée de musique, elle peine à oublier les nuits de concert, ses solos, les heures de bus et l'ambiance de la scène. Pourtant, elle finit par se marier et par dénicher un job pour le centre de la musique noire. Mais reste nostalgique de ses années de folie. Et se pose pas mal de question par rapport aux amis de son mari, très riches et pleins de bonnes intentions (et de fondations qui brassent des sous) envers les "pauvres" mais ne veulent surtout pas les rencontrer. Par rapport à sa mère, qu'elle ne cesse de décevoir. Par rapport aux anciennes Tremblettes, qui ont vécu leur période rock comme une transition, mais se sont toutes rangées. Bref, quelle est sa place ? 

Attachante et drôle, Géraldine aurait pu m'agacer avec ses atermoiements, ses questions d'ado et d'adulte, ses provocations, ses bêtises... Mais non, je l'ai suivie joyeusement dans ses interrogations. Un roman très américain, qui parle aussi de l'origine sociale et géographique, de la société et de sa vision de la réussite, des passions, de grandir tout en restant enfant.

vendredi 12 janvier 2018

Le verre, un Moyen Âge inventif

Elle vient de se terminer. Mais je n'ai malheureusement pas pris le temps avant de vous parler de cette expo du musée de Cluny sur cette technique. 

Le verre, ce n'est pas nouveau au Moyen Age. Les civilisations antiques gèrent déjà bien. Mais le Moyen Age apporte son lot d'inventivité et de renouveau. Avec de très belles pièces, des vitraux aux verres à pied, ou d'autres moins esthétiques mais plus utiles, comme les urinoirs et les lunettes, c'est un parcours par usages et chronologique qui nous est proposé. 

Après une petite partie technique (chouette vidéo), on passe assez vite au vitrail qui orne les églises. Évolutions des couleurs, avec leurs teintes profondes. On peut aussi admirer quelques jolis exemples des usages du verre dans l'ornement et l'émail. Puis l'on découvre les verres de table, les gobelets et les coupes, ces verres creux, souvent prestigieux. Comme Dieu, les tables des princes méritent ce beau matériau. Mais il sert aussi aux scientifiques et aux médecins pour étudier les humeurs du corps. Fascinant par sa transparence, ses qualités réfléchissantes, il est aussi représenté par les peintres comme un morceau de choix. 

Expo intéressante mais manquant un peu de contenu à mon goût (peu de cartels bien étoffés), elle vaut certainement le coup que l'on s'intéresse à son catalogue. Mais elle demeure bien moins passionnante à mes yeux que ce qu'on a l'habitude de voir à Cluny.


lundi 8 janvier 2018

Le coffret

J'ai trouvé ce bouquin d'Allen Kurzweil, un peu par hasard, dans une bibliothèque voisine. Intriguée par les premières pages, je l'ai embarqué. 

Chinant des objets anciens à Paris, notre narrateur nous raconte sa découverte d'une boite à Drouot. Un memento hominem. Une boite qui raconte la vie d'un homme à travers quelques objets choisis. L'homme à qui appartenait cette boite, c'est Claude Page, un ingénieux inventeur du XVIIIe siècle. Dans cette boite, vous trouverez un bocal, un nautile, une morille, un mannequin, une perle, une linotte, une montre, une cloche, un bouton et... du vide. Comment faire parler ces objets ? Notre narrateur retrace pour nous, au fil des chapitres, ce qu'illustre tout cela. 

Claude Page est fils d'un horloger et aventurier disparu et d'une herboriste de l'est de la France. Il vit avec ses deux soeurs et s'adonne au dessin. Le comte de Tournay, qui se fait appeler l'Abbé, prêtre défroqué, repère ses dons pour le dessin et décide d'en faire son protégé. Il l'initie à toutes sortes de sciences et d'art. Claude se spécialise d'abord dans l'émaillage. Puis dans l'animation de petits objets métalliques. C'est une rente pour l'abbé ruiné, qui ne commercialise que des sujets scabreux. Oui, le XVIIIe siècle est autant celui des Lumières que de Sade et des galanteries. Après avoir vu ce qu'il n'aurait pas du voir, Claude fuit le domaine et rejoint Paris où une nouvelle vie commence, celle d'apprenti chez un libraire névrosé. Qui vend des livres pornographiques. Mais ce qui plait à Claude, c'est de bricoler, de faire fonctionner, de construire... Un chemin qui lui sera difficile de reprendre.

Ce roman d'aventure et d'initiation sous le signe des galanteries et de la mécanique était bien mené et réjouissant. Le point de départ est une belle idée, même si l'on regrette que ces objets ne soient pas mieux utilisés dans le déploiement des chapitres. Claude et l'Abbé sont de beaux personnages, quoi que manquant un peu de nuances. Les personnages secondaires sont quant à eux très caractérisés et trop caricaturaux. Un lecture divertissante. 

vendredi 5 janvier 2018

Une vie sur mesure

Pour mon anniversaire, l'Amoureux m'a offert une sortie au théâtre Tristan Bernard. Ce one man show est bluffant. A la fois comédien et batteur, Axel Auriant-Blot nous tient en haleine pendant une heure trente. Alternant moments musicaux, du jazz à la samba, en passant par la techno, le rock et la bossa, et récit de sa vie, ce jeune acteur campe un délicieux Adrien. Naïf, doué, ce jeune garçon ne vit que pour le rythme. Il est émerveillé par le son du ballon qui rebondit, combiné à celui du hachoir familial, par le bruit de la gifle comme du baril de lessive... Tout est musique pour lui. Et la batterie est son instrument rêvé. 
Mais à part la musique, l'école ne lui réussit pas beaucoup, la maison est un lieu de violence et de chantage, il n'a pas d'amis... Mais comme il n'y a que la batterie qui compte, qu'importe. Attachant et drôle malgré lui, Adrien nous embarque dans son histoire... avec Tiketoum, son instrument. Seul bémol, la fin hardos. 

mercredi 3 janvier 2018

Voyage d'hiver

De Jaume Cabré, j'ai adoré Confiteor. Bon, comme la plupart de la blogo. Et je serai tout aussi originale en déclarant que ses nouvelles ne m'ont pas autant émerveillée. C'est moins labyrinthesque et travaillé, certaines enchantent, d'autres pas. Mais j'ai trouvé fort appréciables les liens qui se tissaient d'une nouvelle à l'autre, construisant un récit à trous plus global que le cadre des nouvelles. Ici personnages principaux, là secondaires, simplement mentionnés, les hommes et les œuvres d'art circulent dans le temps et l'espace des nouvelles, les liens sont explicités ou non, c'est toujours une petite surprise de retrouver l'un ou l'autre.

Opus Posthume : pianiste et concertiste, Pere Bros est paralysé. Par le trac ? Par l'ennui ? Ce soir, il voit Schubert dans la salle. Et il décide de changer le programme pour jouer du Fischer.
Le testament : Agusti vient d'enterrer sa femme. Il ne s'y attendait pas, c'était lui le malade. D'ailleurs, il attend des résultats d'analyse.
L'espoir entre les mains : Un prisonnier attend des nouvelles de sa fille depuis des années. Il est prêt à s'évader pour cela. Patience...
Deux minutes : Scènes de la vie urbaine, entre un réparateur de machines à laver, une femme au foyer, une policière, un chauffeur, et quelques autres.
Poussière : Victoria fait le ménage chez M. Adria. Mais elle s'occupe aussi de classer ses ouvrages. Un hommage à la bibliophilie et aux ouvrages oubliés.
Des yeux de gemme : Baruch travaille pour les diamantaires. De livreur, il devient voleur. Une aventure à double sens.
Le rêve de Gottfried Heinrich : Le fils de Jean-Sébastien Bach joue toujours ce même air, qui hante le compositeur. C'est un des pivots et sa place centrale n'est pas un hasard.
Je me souviens : Isaac et sa famille ont été déportés. Il a toussé au mauvais moment. Et, enfermé, il a dû exécuter un crime. Oubliera-t-il un jour ?
Finis coronat opus : Il n'a pas l'air très bien avec ses citations latines et ses allergies musicales. Il dragouille. Et ça se passe mal.
Ballade : L'armée embarque son fils, malgré son handicap. Elle guette chaque jour son retour.
Plop ! : Ils sont numérotés. Ils ont des silencieux et une mallette. Histoire de tueurs à gages.
La trace : Petit délinquant arrivé en Norvège, il rencontre son Héloïse. Mais elle ne le reconnait pas.
La négociation : De l'art au Vatican, des tueurs, des sous... ça intrigue sec chez le cardinal Gaus.
Winterreise : Cette nouvelle clôt l'ensemble et nous renvoie à la première. Zlotan, musicologue et ami de Pere, attend une femme devant la tombe de Schubert, Margit.

Certaines m'ont beaucoup moins plu, par leur style notamment : Finis coronat opus et La trace qui fonctionnent d'ailleurs ensemble. Mais l'ensemble est stimulant et plaisant.