lundi 24 avril 2017

Les livres prennent soin de nous

J'ai cru voir cet ouvrage de Régine Detambel sur pas mal de blogs lors de sa parution. Il fait le lien entre livres et thérapie. Attention, pas tous les livres ou les livres de développement personnel. Non, on parle de littérature ici. De livres qui n'ont pas pour objectif de soigner : "Car il faut qu'un livre soit plurivoque, un épais feuilletage de sens et non une formule plate, conseil de vie ou de bon sens, pour avoir le pouvoir de nous maintenir la tête hors de l'eau et nous permettre de nous recréer".
Livres en vitrine

A travers une promenade de bibliophile, Régine Detambel cherche à nous convaincre que les livres peuvent agir sur nos maux. Vont-ils les apaiser ou les accentuer ? Seul le lecteur le saura. Mais il sera un miroir, un compagnon. "Lire est un moyen de résister à l'exclusion, à l’oppression. Dans son essai, Éloge de la lecture, l’anthropologue Michèle Petit explique que lire est un moyen de "reconquérir un position de sujet, au lieu d'être seulement objet de discours des autres". Les histoires réparent ; dans un livre, on est toujours chez soi". Jusque là, pas de souci, on est d'accord.

Il n'y a pas vraiment de prescription et d'ordonnance, à tel chagrin, telle lecture, mais plutôt un appel à lire de beaux textes. C'est un plaidoyer pour la lecture, une ode au livre. Mais pour la lecture d'oeuvres littéraires... avec un regard un peu dédaigneux sur des livres d'accès plus facile du type best-seller. Bref, c'est un peu le snobisme agaçant du lecteur qui préfère avouer qu'il lit Montaigne plutôt que Coelho.

C'est un plaisir de débuter ce ouvrage, lui-même bien écrit, qui ne se présente pas du tout comme un guide pratique de la bibliothérapie mais plutôt comme une réflexion poétique sur ce thème, permettant répétitions et imprécisions. Mais, malgré son peu de pages, il donne l'impression de tourner en rond, de faire passer le même message avec quelques variantes. J'en sors donc un peu déçue mais intéressée par le concept thérapeutique... Même s'il n'est pas nouveau de dire que les livres nous font du bien ou du mal. Il est d'ailleurs fréquent que mes proches me demandent ce que je lis lorsque je sors déprimée d'un bouquin pour éviter le livre... et les mêmes effets.

"Trop de beaux arts donnent la nausée. Dans un grand musée, on peut faire l'expérience de la triste stupéfaction, de l'admiration désespérée qu'on peut éprouver parfois devant la beauté [...] Les hospitalisations en psychiatrie ne sont pas rares après une confrontation directe avec l'oeuvre d'art".

"Dans une langue neuve, on se refait à neuf. Quoi de mieux pour démarrer une nouvelle vie où l'on n'aurait encore vécu ni douleur ni chagrin d'amour ? En cultivant une langue étrangère dans laquelle on n'a ni chagrin ni mémoire, on peut enfin s'oublier [...] En débarquant dans un pays où je n'appartenais pas à un passé commun, ni à un groupe de personnes, ni à une langue, j'ai goûté à l'anonymat : il n'y avait plus autour de moi de repères, de modèles, d'exigences de représentation. J'eus le soupçon qu'en adhérant à cet état clandestin, j'aurais la chance d'entrevoir mon visage". 

"Si l'écrivain publie, c'est d'abord parce que la littérature a commencé par modifier sa propre vie. Il est un lecteur averti, qui sait qu'un livre, un seul, peut parfois changer la donne, transformer le regard, ouvrir des horizons, mobiliser des énergies inconnues, infléchir la direction d'une existence"

"Un livre, c'est une hospitalité qui est offerte, une sorte d'abri que l'on peut emporter avec soi, où l'on peut faire retour, un refuge où résonne l'écho lointain de la voix qui nous a bercés, du corps où nous avons séjourné"

mercredi 19 avril 2017

Abandons


Je profite de ce mois japonais chez Lou et Hilde pour découvrir des auteurs que j'ignore totalement comme Hiromi Kawakami. J'entre dans son univers par le biais de nouvelles.

Frôlements. Sakura et Mezaki ne se connaissent pas très bien mais sont allés manger des cigales de mer dans un lieu isolé. Ils boivent. Le restaurant ferme. Et les voilà ensemble dehors.
Abandons. Mori et Komaki jouent les amants en fuite. Ils se déplacent, gagnent un peu leur vie, bougent à nouveau.
Le chant de la tortue. Ils sont ensemble de puis longtemps. Elle l'admire. Elle le suit et lui est soumise. Elle ne fait rien d'autre. Et elle vit dans l'incomplétude, ne termine jamais rien. Et écoute le chant de sa tortue.
Pauvre petite. Une relation dangereuse, où l'on flirte entre eros et thanatos.
Le dindon. Elle l'aime. Il lui raconte ses histoires, notamment celle du dindon qui a élu domicile sur sa poitrine.
Cent ans. Des amants en fuite décident de se suicider. Mais lui ne meurt pas.
L'insecte-dieu. Elle reçoit d'Uchida, son amant, un insecte de métal. Mais Uchida et Tsubaki la désirent également...
Avidya. Ils sont amants depuis des centaines d'années et, immortels, poursuivent leur vie tranquillement. 

Je sors de cet ouvrage un peu étonnée, déboussolée. Ces nouvelles sont toutes curieuses, tranches de vie pas entières, relations bizarres, parfois malsaines. Les histoires et les relations de ces couples restent souvent esquissées, cotonneuses, sans contours. Et les atmosphères flirtent avec le glauque. Bref, je ne suis pas très emballée. 

lundi 17 avril 2017

La Gestalt : l'art du contact

Fourtou, Maison tombée du ciel, Lille 3000
On continue dans les lectures psy avec un livre de Serge Ginger. J'avais vaguement entendu parler du gestalt mais j'avais envie d'en savoir plus. Et puis, j'ai bien aimé le sous-titre "Nouvelle approche optimiste des rapports humains". 

Cet essai, très lisible par un public amateur, est parfois jargonnant, parce qu'il y a tout un vocabulaire avec cette pratique thérapeutique. C'est une approche globale de Fritz Perl, un juif américain, qui s'est diffusée aux USA, dans un climat de rejet de l'avoir pour retourner à l'être. 

Notre auteur résume les notions de cette méthode en 20 points : 
now and how, le processus, l'awareness, la frontière-contact, champ et système, l'ajustement créatif, le cycle de l'expérience, les gestalts inachevées, les résistances, l'homéostasie, la responsabilisation, l’expérimentation, le droit à la différence : l'originalité de chacun, l'attitude de sympathie, l'approche holistique de l'homme, les polarités complémentaires, l'implication émotionnelle et corporelle, l'agressivité, la créativité et l'imaginaire et enfin, l'individu dans un groupe. Yep, c'est parfois un vocabulaire spécifique.

Ce que j'en retiens : c'est une approche qui s'intéresse aux faits avant de s'intéresser à leur interprétation, mais qui s'intéresse aussi aux ressentis, aux attentes, à ce que cache ou évite le patient/client (oui, Ginger parle surtout de client), à son environnement. Le thérapeute n'est pas en retrait mais en échange avec le client, il dialogue avec lui pour le faire avancer. Il peut l'amener à mettre en scène des situations, à les théâtraliser pour les résoudre, le plus librement possible. 

Me voilà plus renseignée... mais comme souvent, j'ai l'impression qu'il faut pouvoir expérimenter pour comprendre vraiment ! Pas sûre de tenter un jour l'aventure...

vendredi 14 avril 2017

Une autre vie est possible

Cet essai de Jean-Claude Guillebaud invite à regarder notre réalité avec plus de bonne humeur, à chasser la morosité, à retrousser nos manches, et à changer les choses ! C'est vrai, quoi, si on n'est pas contents, pourquoi juste râler ? On peut agir aussi. 

Avec le premier chapitre, "Renverser la montagne" il s'agit de questionner le propos du livre. Pourquoi vouloir revaloriser l'espérance ? A quoi ça sert ce truc ? C'est pas un peu vieillot ? Et puis, c'est agaçant la morosité de nos contemporains, qui ne sont pas si mal lotis, lorsqu'on compare avec d'autres régions du globe. 

"Comment la flamme a faibli" se propose de suivre l'histoire de cette désespérance. Comment l'idéal européen a perdu de son attrait. Comment les grandes idéologies ont semé le doute.
"Quiconque se préoccupait de l'inégalité grandissante se voyait renvoyé au désastre communiste, voire au goulag"
"Le marché était jugé plus "raisonnable" que la politique, toujours soupçonnée de démagogie"
Bref, comment toutes nos jolies valeurs se sont retrouvées perverties, transformées, compromises à tel point que les grands mots ne déclenchent plus que méfiance ou haussement d'épaules. 

On enchaine sur "Un mensonge a chassé l'autre". Vaste programme. Après les mensonges du communisme, ceux du capitalisme érigé comme religion :
"Credo n° un : il est moins dangereux de défendre des intérêts que des convictions. Crédo n° deux : l'efficacité des marchés (on parle doctement de leur efficience) est supérieure à celle de la décision politique. Credo n° trois : l'intérêt général n'est rien d'autre que la combinaison concurrentielle des intérêts particuliers puisqu'"une société, ça n'existe pas" comme disait Margaret Thatcher. Credo n° quatre : il faut ramener l’État à un étiage minimal et privatiser le reste, y compris les anciens services publics"
 " Une société qui n'est plus "tirée en avant" par une valorisation de l'avenir, une société sans promesse ni espérance est vouée à se durcir. Ramené à lui-même et cadenassé sur sa finitude, le présent devient un champ clos. Y prévalent les corporatismes inquiets, les frilosités communautaires, les doléances, le chacun-pour-soi et le cynisme impitoyable"
 Mais "Comment la flamme fut mise à l'abri" va nous redonner un peu d'espoir. Oui, oui, la société va mal mais il y a pas mal de monde qui se démène pour que ça aille mieux. 
"L'extraordinaire effervescence du bénévolat est à la fois magnifique et politiquement embarrassante. Les bénévoles en sont conscients. En tempérant les cruautés de la société marchande, le mouvement associatif permet de panser les plaies, mais, du même coup, il aide le système à perdurer"
"Quand nous flanchons", c'est le moment nostalgie, le passage à vide, entre laideur du bitume et vide des campagnes. Mais on ne reste pas longtemps dans ce chapitre pour passer à "Un autre monde respire déjà". Il passe par des changements géopolitiques, le centre n'est plus seulement là où l'on le voit/le croit, par des changements dans l'échelle économique, par des progrès biologiques et numériques ainsi que par une révolution écologique. Yeah ! Il y a des perspectives, des outils qui vont nous permettre d'écrire une nouvelle page.
Puis interlude sur l'Europe "Qu'avez-vous fait du rêve européen ?" Réponse : une bureaucratie bien loin de l'utopie rêvée. 

"Souviens-toi du futur !" propose de renouer avec un projet commun, avec une vision réjouissante au lieu de râler ou de tout tourner en dérision :
"La parole prophétique bouleverse de fond en comble le sens de l'aventure humaine. La vie ne sera plus soumise au destin, à la fatalité, mais avancera en direction d'un projet [...] il n'y a pas d'autre destin que choisi et construit. Et cette construction s'enracine dans une tradition attentivement transmise et constamment revisitée". 
"Tous ces signes, mesures et indices sont autant de leurres. Ils colonisent notre esprit. Ils détournent notre attention des véritables questions : où allons-nous ensemble ? Quelle sorte de société voulons-nous construire ? Comment échapper à la violence de tous contre tous ?"
"Un pessimisme à front de taureau" et "Affaire de décision" montrent les effets pervers du pessimisme ambiant, du catastrophisme qui laisse croire que tout va toujours plus mal. Alors que nous pourrions choisir l'espérance !
"Ce que nous "ressentons", et qui alimente en continu notre pessimisme, ne correspond pas à la réalité, mais le ressenti l'emporte. La vérité, en somme, ne fait plus sens"
"L'optimisme retrouve une dimension réflexive et volontariste qui le rapproche de l'espérance. Il devient choix personnel, aventure intérieure, assentiment intime. Il n'est plus une simple tournure d'esprit ou une disposition à la bonne humeur. Comme l'espérance, il devient le moteur d'un engagement. Je propose d'appeler "optimisme stratégique" ce parti pris. Il est stratégique car il repose sur l'idée, mille fois vérifiée, selon laquelle le pessimisme est autoréalisateur"
Par quoi cela passe-t-il ? Certainement par un regard bienveillant et confiant sur le monde. Mais aussi par l'action pour ce en quoi l'on croit. Ces petits gestes qui semblent des riens mais qui changent le monde, qui nous changent.

"C'est la culture qui ne sert à rien qui, seule, rend une société capable de se poser des questions sur les changements qui s'opèrent en elle et de leur imprimer un sens" André Gorz

jeudi 13 avril 2017

Cy Twombly

Ce nom ne te dit rien ? Mais si, c'est le plafond bleu intense de la salle des bronzes grecs au Louvre. C'est cette peinture mythologique pleine de soleil. Regarde !

Cy Twombly, Coronation of Sesostris, 2000, Coll. Pinault
Cy Twombly, Coronation of Sesostris, 2000, Coll. Pinault
 Bien entendu, cette rétrospective te montrera que tout ne commence pas par la couleur et l'intensité des années 2000. Dans les années 50, Cy Twombly travaille à la mine de plomb sur des toiles beiges. Ce n'est pas forcément ce qui va retenir ton attention. Tu vas peut-être t'aventurer plus loin, (re)découvrir combien c'est un peintre classique, nourri de littérature et de peinture. Qui fait des clins d'oeil à l’École d'Athènes par exemple. Qui joue avec les couleurs, leur intensité. Parfois, c'est à la façon des ardoises couvertes de craie. D'autres, c'est comme du sang qui éclabousse la toile. 

Ton premier choc, ta première pause contemplative, un peu longue, parfois nauséeuse, sera sans doute devant les Nine discourses on Commodus. L'empereur Commode, qui est tout sauf cela. Cela commence doucement, avec ce fond gris, apaisant, ce nuage/cerveau blanc dans son quadrillage, qui se floute et se colore de rouge et de jaune, cachant cette forme blanche, s'accumulant et dégoulinant sur la toile. C'est une série qui te dérangera peut-être, qui te questionnera à coup sûr !

Tu t'attacheras peut-être aux sculptures, comme des faux marbres, aux photos. Ou tu t'arrêteras devant ces fenêtres de verdure et d'écume que sont Bassano in Teverina. 

Cy Twombly, Sans titre (Bassano in Teverina), 1985, Cy Twombly fondation
Cy Twombly, Sans titre (Bassano in Teverina), 1985, Cy Twombly Fondation
Mais d'autres surprises t'attendent. Il y a un cycle des saisons qui va t'attirer le regard. Qui va te donner envie de traverser la pièce. N'y cède pas, tu pourrais manquer le cycle 50 days at Iliam. Si tu es fan de l'Iliade ou de la Grèce antique comme moi, c'est un endroit que tu vas adorer. Le bouclier d'Achille qui tourbillonne, la colère et la tristesse du héros, les ombres qui errent après la guerre... Tu peux prévoir un peu de temps pour profiter de chaque œuvre et de la vue d'ensemble du cycle, de la violence à la mort. 

Cy Twombly, 50 days at Iliam, Shades of eternal night, 1978, philadelphia museum
Cy Twombly, 50 days at Iliam, Shades of eternal night, 1978, Philadelphia museum
Voilà, maintenant, tu peux te perdre dans les saisons. C'est une nouvelle pause. Ce qui t'attends derrière, c'est un autre cycle. Alors patiente un peu, tu vas passer de la Grèce à l'Egypte. Oui, dans le bain de soleil du début. Et l'abstraction des formes, explicitées par des mots, par des couleurs qui déclenchaient tant d'émotions en toi va s'effacer. Plus de petit nuage rageur d'un Achille en colère, d'éclaboussures sanglantes. Tu retrouves dans The Coronation of Sesostris le voyage d'une barque, tu devines des corps, tu te réchauffes devant le soleil éblouissant. C'est plus doux. C'est une traversée où l'on se laisse glisser, sans tempête. Mais pas sans nerfs. L'omniprésence du gribouillis, sur telle ou telle partie des cycles, rappelle le bouillonnement initial. 

Et puis, tu te glisseras dans les dernières salles, où l'on croise de glauques nymphéas, aux couleurs de chambre d'enfant. Tu verras Blooming, qui captive les visiteurs. Peut-être resteras-tu comme moi, coincé dans les toiles antiques, assommé par le choc des couleurs et la taille des œuvres suivantes. Et tu ressortiras en rêvant de replonger dans des lectures gréco-romaines... Bonne visite !

mercredi 12 avril 2017

Pays de neige

J'aime plonger de temps à autre dans l'atmosphère toute particulière de la littérature japonaise. Est-ce la langue ou la culture ? Toujours est-il que je m'y sens toujours un peu déplacée, bousculée. Il y a quelque chose de mystérieux et de beau dans les romans japonais que je croise et c'est à nouveau le cas avec cette oeuvre de Kawabata

Avec ce titre, il nous entraîne au pied d'une montagne, dans un établissement de bains où son héros, Shimamura, aime à venir se délasser de Tokyo. Il y vient et revient à différentes saisons, découvrant le lieu sous des jours différents. Il y a surtout rencontré Komako, une jeune et jolie geisha, attachante et spontanée. Et il surveille du coin de l’œil Yoko, une jeune fille qu'il a observé longuement dans le train pour accéder aux montagnes.

Dans ce roman, pas d'histoire à proprement parler, mais des rencontres, entre nos protagonistes. Des jeux et des échanges, subtils et discrets. Difficile de dire ce qu'il se passe entre eux. Mais ce n'est pas cela qui compte ici, c'est plutôt de prendre le temps, de s'imprégner d'une atmosphère, d'un rythme plus doux, de se soumettre aux saisons, au pas du marcheur...


lundi 10 avril 2017

150 petites expériences de psychologie pour mieux comprendre nos semblables

On ne cesse de diversifier nos lectures, n'est-ce pas ? En ce moment, je suis dans un mood très psycho et socio, et ce sont ces rayons de la bibliothèque qui on tendance à attirer mon attention. Nous voilà partis sur un essai de Serge Ciccotti. Ce dernier convoque des expériences de psycho pour répondre à 93 questions plus étranges les unes que les autres. 

Rodin; le penseurOrganisé en 7 chapitres, cet ouvrage de vulgarisation a pour objet de permettre de mieux comprendre comment nous fonctionnons, souvent de façon peu rationnelle et très instinctive. S'appuyant sur des recherches publiées (dans des revues sérieuses) sur le sujet et organisées, dont l'auteur nous dit qu'elle sont bien scientifiques, nous découvrons diverses facettes de l'homme.

L'ouvrage se déroule ainsi :

1. Perception, attention, mémoire et intelligence

2. Jugements, attributions et explications

3. Gestion de l'image de soi

4. Influence des schémas (stéréotypes, heuristiques) sur les jugements et les comportements

5. Influences sociales, pouvoirs et manipulation

6. Motivation, émotion et personnalité

7. Quelques différences hommes/femmes 

Parmi les questions amusantes, dans leur formulation, et intéressante dans les phénomènes qu'elles expliquent, j'ai noté : Pourquoi vos amis ne suivent-ils pas vos conseils et préfèrent-ils persister dans l'erreur ? Pourquoi tout ce que vous prédisez se réaliste-t-il si souvent ? Pourquoi regardez-vous sous votre lit après avoir vu l'exorciste ? Peut-on se laver la conscience avec du savon ? Pourquoi est-ce si difficile de sortir de la rue en chaussons ? Pourquoi l'oncle Picsou vit-il tout seul ? Les filles sont-elles plus disciplinées que les garçons devant un pot de fleurs ?

Je ne vais pas vous décrire les expériences en question mais sachez que c'est écrit de façon simple, ce n'est pas jargonnant ni planant, et ça peut parler à chacun puisque cela part de comportements classiques chez l'être humain. Bien entendu, c'est un livre à lire à petites doses, à feuilleter selon ses intérêts plus qu'à engloutir d'une traite. 

vendredi 7 avril 2017

Je résiste aux personnalités toxiques (et autres casse-pieds)

Ce petit manuel souriant de psychologie de Christophe André et Muzo décline sept personnalités difficiles à supporter : les narcissiques, les négativistes, les paranos, les histrioniques, les hyperactifs, les pervers et les passifs-agressifs. Vous croyez qu'ils s'acharnent contre vous ? Ne seriez-vous pas un peu parano ?

A travers des bd et des descriptions d'attitudes récurrentes des différents profils, le psychiatre et le dessinateur nous présentent avec humour tous ces casse-pieds. Ils nous donnent des clés pour les repérer et pour survivre à leur sale caractère.

Bien vu, accessible et sympa, voilà qui me permet de mettre des mots sur des comportements. A voir si je parviens à désamorcer les situations explosives car cela reste très basique et pas très scientifique.


lundi 3 avril 2017

Belle de jour

Gervex, Rolla, 1878
J'ai beaucoup aimé ce roman de Joseph Kessel. J'ai eu l'impression de lire une autre version de La petite dame de la grande maison. Ni pour les lieux, ni pour le thème, mais pour cette question de l'attirance sensuelle, au-delà de l'amour.

Séverine et Pierre Sérizy forment un joli couple. Il admire sa force et son énergie, elle est fascinée par son intelligence et sa douceur. Tout semble rouler. Mais dans la chambre conjugale, Pierre déplore la frigidité de son épouse. 
"Il met le goût de la chair jusque dans la folie et la mort. Et il n'y a pas d'art plus contagieux que le charnel. Tu n'es pas de mon avis ?
Comme elle tardait à répondre, il reprit pensivement :
-Tu ne peux pas savoir, c'est vrai".

Après une longue maladie, Séverine regoûte au monde. Elle vit de mondanités : diners, robes et promenades avec ses amies. C'est avec Renée qu'elle entend parler d'une jeune femme, Henriette, qui se rend dans des maisons de rendez-vous. Cela la trouble profondément.

Dans son entourage, elle est gênée par Husson, un ami de Pierre, qui aime la perversité, les jeux psychologiques. Lui, l'observe comme un petit animal curieux, endormi, qu'il cherche à stimuler. Mais il n'a pas vraiment besoin de le faire car Séverine est obsédée par cette idée des maisons de rendez-vous, à tel point qu'elle se rend dans l'une d'elles. Elle y sera connue comme Belle de jour. Et commence la découverte de la chair. Et le goût de l'avilissement, des ordres, de la brutalité. Et bientôt le plaisir charnel. 

Divisée entre ses sentiments pour Pierre et l'appel de ses sens, Séverine marche sur une corde raide. Et oscille entre l’apaisement et l'inquiétude d'être découverte, d'être entrainée toujours plus loin de sa vie bien rangée.

Est-ce par amour ou par haine des femmes et de la chair que Kessel écrit ce roman ? Avec ce roman, Kessel explore les tensions entre les sentiments et les sens, entre la tête, le cœur et le corps. Il crée une héroïne fascinante de naïveté et la suit le long de son apprentissage du corps, avec plus de bienveillance qu'Husson. L'engrenage qu'il nous présente est prenant pour le lecteur qui accompagne Séverine jusqu'à l'abime. 


mercredi 29 mars 2017

Le rosier de Madame Husson

Voilà très longtemps que je n'avais lu des nouvelles de Maupassant. Je me rappelle les dévorer au collège, empruntant sans cesse les volumes de la bibliothèque municipale. Et puis à nouveau en prépa. Et depuis, rien ou très peu. 


Et pourtant, c'est toujours agréable une excursion avec Maupassant. Qu'elle soit à Paris ou en province, comme dans ce recueil, on y croise toujours des personnages intéressants, amusants, en proie à un problème. Je ne suis cependant pas certaine de vous recommander cette lecture, car bien qu'agréable, elle m'a paru assez banale quoi que pleine d'humour et de situations cocasses.

Le Rosier de madame Husson. Histoire d'un jeune homme que l'on couronne du prix de la vertu.
Un échec. Repérage d'une jeune femme à séduire lors d'un voyage... et déconvenue.
Enragée ? Craintes d'une jeune femme lors de son voyage de noces.
Le Modèle. Pourquoi ce peintre célèbre a-t-il épousé une harpie ?
La Baronne. La baronne Samoris cherche un ami, par le biais d'une oeuvre d'art...
Une vente. Deux hommes sont jugés pour avoir tenté de tuer l'épouse de l'un d'eux. Une histoire d'ivrognes sympathique.
L'Assassin. Un garçon très droit découvre que sa femme le trompe.
La Martine. Benoist tombe amoureux de la Martine. Qui l'aime aussi beaucoup !
Une soirée. Un militaire cherche un bordel pour se distraire dans une triste ville de province.
La Confession. Un militaire trompe sa femme un soir d'ivresse, et ne le supporte pas.
Divorce. Se marier sur petites annonces, n'est-ce pas risqué ?
La Revanche. Quand un divorcé recroise son ex-femme et la trouve finalement pas mal.
L'Odyssée d'une fille. Triste histoire d'une fille travailleuse et naive dont les hommes abusent.
La Fenêtre. Mr de Brives et Mme de Jadelle vont-ils se marier ? Pour le tester, la jeune veuve l'invite chez elle et le met sous surveillance !


lundi 27 mars 2017

Du bon usage de la lenteur

Ce livre de Pierre Sansot trainait sur ma LAL depuis un bout de temps. Comme je sens que tout va trop vite pour moi en ce moment, j'ai pris un peu de temps pour le lire, cherchant à ramener un rythme moins fou dans ma vie. Mais à vrai dire, j'ai l'impression que l'auteur nous parle d'un temps perdu, un temps où l'on prend le temps, un temps sans les sollicitations constantes d'internet et des smartphones, un temps plus apaisé, plus choisi. Pour vous faire entrer un peu dans ce texte, commençons par des citations : 

"Ce qui est nouveau, c'est que l'agir (qui dépasse les frontières du travail) apparait aujourd'hui comme une valeur supérieure, comme si, faute d'agir, un individu s'exténuait et disparaissait. De ce fait, les rêveurs, ceux qui contemplent ou qui prient, qui aiment silencieusement ou se contentent du plaisir d'exister, dérangent et sont stigmatisés".
"Prier, c'est comme emprunter dans les ténèbres un chemin sans raison et espérer qu'une faible lumière nous assurera que nous ne nous sommes pas égarés"
"L'avoir, le pouvoir, le valoir inquiéteraient chacun d'entre nous. L'avoir parce que la possession nous met à l'abri du besoin et qu'il étoffe notre identité. Mais nous pouvons aussi nous dispenser d'exister par nous-mêmes quand nos biens semblent répondre pour nous et c'est souvent en exploitant nos semblables que nous augmentons notre capital. Le pouvoir. L'homme est un "je peux", un ensemble de capacités sensori-motrices ou intellectuelles. Le monde cesse de m'être étranger, voire hostile, quand je le maitrise. Seulement, notre liberté se heurte à d'autres libertés et nous croyons que notre choix se limite à soumettre ou à être soumis. La servitude de quelques-uns de nos semblables nous assurerait de notre pouvoir. Le valoir. La faveur dont nous jouissons auprès des autres hommes authentifie notre réussite, notre excellence. De là, nos tentatives pour séduire, corrompre, nous imposer, et l'idée que notre être se confond avec l'image que l'on a de nous. Ces analyses montrent qu'il existe un effet d'entrainement auquel il est difficile de résister. Je suis sans cesse tenté d'avoir plus, de pouvoir davantage, de valoir mieux, et ceci à la suite d'une fragilité affective essentielle à notre condition. La modération, attitude de fermeté, de vigilance, de résistance à l'égard de notre pathos, peut seule nous détourner de la folie et de la barbarie. Quand l'homme est habité par une légitime ambition, il lui faut souvent chasser les mauvais démons qui l'assaillent. Il est vrai qu'il existe des attitudes plus nobles. Si j'étais sûr de ma valeur, je n'accumulerait pas les signes de distinction sociale. Si je m'appréhendais comme une liberté entière et indéfectible, je ne chercherais pas à asservir les autres. Nous évoquerions la sainteté au regard de laquelle les marques de la réussite sont peu de chose, la générosité qui me donne la conscience d'être libre et d'avoir à respecter la liberté des autres pour entamer avec eux un dialogue d'égal à égal. Seulement, notre condition ordinaire passe par des compromis, des luttes gagnées ou perdues, des libertés octroyées puis refusées."
Paraguay, Santa Rita
"La conversion en matière de religion, d'art, de philosophie opère avec la même brutalité, même si elle n'est pas l'effet d'une stratégie. Comment un renversement radical entre l'avant et l'après pourrait-il se produire s'il n'y avait pas une dévaluation totale et au fond injustifiable de ce qui auparavant nous tenait à coeur ? Désormais Dieu et non point les biens de la terre, désormais le ravissement esthétique et non point la frivolité des voluptés ordinaires. Désormais la recherche ardue des fondements, du fondamental et non point des à-peu-près de ce qui est le plus probable".
"Un homme libre c'est un individu qui prend conscience des nécessités qui pèsent sur lui et qui tente de les contrarier, ou mieux, de les utiliser pour s'épanouir. Il se trouve que l'aliénation par le travail n'est pas seule à entraver la destinée d'une personne ou d'un pays. Elle peut-être dépossédée d'elle-même en ce qui concerne sa parole, ses désirs, par toutes sortes de confiscations, de manipulations, par une idéologie diffuse dont il faut se départir. La culture n'est pas un luxe, un divertissement comme on l'a souvent répété, mais une tâche pour être soi-même et pour que les autres deviennent eux-mêmes. Elle n'est pas seulement un ensemble de biens dont nous disposerons pour notre plus grand bonheur. Elle nous engage dans un processus de création, soit pour inventer par nous-mêmes, soit pour accueillir, achevant ce qui nous est proposé".
"Cette entreprise culturelle chercherait-elle à contrôler, à identifier, à pourvoir d'un statut, à occuper des hommes, et cela de leur prime enfance à leur vieillesse, ce qui constituerait une prise en charge, sinon une prise en main, elle aussi sans précédent, d'une population tout entière ?"
"Ces observations ne mettent pas en cause toute forme de politique culturelle. Elles nous incitent à être moins optimistes et nous laissent entendre que nous nous y prenons mal en dirigeant outrageusement nos projecteurs sur quelques phénomènes spectaculaires, en mesurant les progrès de la culture au nombre de ceux qui, prétend-on, y accèdent, en travaillant dans l'urgence, la précipitation, en bourrant les programmes, en cédant à cet acharnement que nous avons mis à exploiter la terre, en multipliant les festivals - et non point en nous montrant plus modestes, en pactisant avec les lenteurs de la durée sociale et la diversité des trajets individuels, en faisant sa part au silence, à la solitude, au retrait"
J'ai bien sûr trouvé un intérêt plus grand à lire le chapitre sur "La fébrilité culturelle", un thème qui me travaille depuis des années. Pourquoi tant d'événementiel, d'expos qui se ressemblent, de marketing dans la culture alors qu'elle pourrait irriguer toute notre société, nous aider à mieux vivre ensemble, à nous rencontrer, à nous épanouir... Qu'elle est bien plus centrale qu'un simple loisir et qu'elle vaut bien plus que tout ce que les bradeurs de culture veulent nous faire croire. 

Mais j'ai aussi beaucoup aimé la première partie de l'essai, "Pour parer aux empressements du temps" avec des chapitres sur l'ennui, flâner, attendre, écrire etc. J'ai eu l'impression de redécouvrir un monde qui, bien que pressé, sait prendre son temps, a de la place pour l'imprévu, ne se gave pas de sorties, de conférences, de cours de sport, d'apéros, de séries, de divertissements qui ne nourrissent pas.

Une lecture intéressante donc, mais qui semble quasi inaccessible, comme si l'accélération et l'emballement du monde ne pouvait que se poursuivre, plus vite. Et que le ralentissement était impossible.

lundi 20 mars 2017

Le Puits

J'avais lu pas mal d'avis sur Le Puits d'Ivan Repila sur les blogs. J'ai notamment souvenir d'un billet d'Yspaddaden. De la tête de gondole dans ma bibliothèque, il a rejoint mon sac à main. Et il a été lu en une soirée.

Pour ceux qui auraient raté les autres billets, c'est l'histoire de deux frères, le Grand et le Petit. On les rencontre au fond d'un puits. On est à la fois dans la caverne ou dans la grotte. On ignore comment les frères sont arrivés là. Ils élaborent des stratégies pour tenter d'en sortir. C'est surtout le Grand qui bosse. Il se muscle, il gère la nourriture, il réchauffe le Petit. Mais la tension s'installe vite. Le Petit a des idées bizarres, n'a pas envie de respecter les règles, est faible, malade, sombre dans la folie, dans le mutisme... Et les idées de cannibalisme, de violence, de sacrifice, de suicide et de trahison couvent. Sans parler des loups qui veulent dévorer les prisonniers, des personnes qui observent les frères dans la nuit.

Brr, ça fait froid dans le dos.

Aux allures de conte cruel, ce court roman à la fois très réaliste et hautement symbolique m'a laissée perplexe. Que veut on nous dire avec cette histoire ? Quel symbole voir dans ce puits, dans cette mère absente ? Et dans les deux frères avec leurs rapports de force ? Certes, je reconnais Grimm, Platon et la Genèse, mais après ? 

Source de la Douix

vendredi 17 mars 2017

C'est encore mieux l'après-midi

Voilà un boulevard très sympathique de Ray Cooney sur les planches du théâtre Hébertot

C'est encore mieux l'après-midiHôtel de l’hémicycle, à quelques pas du palais Bourbon, Richard Marchelier, député, attend sa maîtresse, Stéphanie. Il lui faut d'abord se débarrasser de sa femme, qu'il envoie au théâtre, puis réserver une chambre pour la nouvelle venue. Il confie cette mission à Georges, son assistant. Qui n'est pas très à l'aise dans ce genre de mission. Et fait s'enchainer les quiproquos. Il va falloir aux deux hommes un sens de l'à-propos et une imagination débordante pour justifier les aberrations auxquelles ils parviennent ! Car il ne faut pas que Christine croise Stéphanie.


Le duo porté par Sébastien Castro et Pierre Cassignard fonctionne bien : le premier tout en flegme et en naïveté, le second arrogant et manipulateur. Tout se joue autour d'eux, les femmes étant plutôt secondaires et sans une personnalité très développée. Est-ce pour étoffer son personnage que Lysiane Meis minaude autant ? Ou est-ce le couple Marchelier (Pierre Cassignard et Lysiane Meis) qui a besoin d'en faire trop ? En tout cas, leurs premiers échanges dans le hall de l'hôtel m'ont paru très surjoués. Mais très vite, la pièce prend son rythme et l'on est plongé dans un tourbillon de quiproquos qui nous font rire du début à la fin. C'est l'escalade des gaffes. Car plus ça avance, plus c'est gros. Et plus c'est gros, mieux ça passe ! Ce rythme endiablé laisse le spectateur pantois et étonné : quoi, c'est déjà fini ? On en voudrait encore. 

Mention spéciale à Sébastien Castro, qui campe un délicieux idiot, complétement dépassé par les événements mais finalement plein d'idées pour améliorer, croit-il, la situation. Jusqu'à l'inextricable. J'ai aussi beaucoup aimé les apparitions du room service, Rudy Milstein, parfaites de fausse naïveté et de curiosité. 

Un bon vaudeville, bien mené, dans un décor très chouette (ce qui ne gâche rien) et qui vous dérouille les zygomatiques du début à la fin ! 

mercredi 15 mars 2017

Le monde sans sommeil / La tour de Babel

Avec Miss Alfie, on a eu envie de dégainer notre Zweig ensemble. Il faut dire qu'elle a bien débroussaillé les œuvres complètes de notre viennois préféré l'an dernier, lors du challenge classique. Pour cette lecture commune, nous avons choisi deux textes : Le monde sans sommeil et La tour de Babel. 

Dirk Bouts, L'ascension des élus, 1450

Le monde sans sommeil

Zweig nous offre une réflexion poétique sur la longueur des nuits et l'inquiétude des hommes en temps de guerre. Ce n'est plus le sommeil qui peuple les nuits mais les rêves, les prières et les pensées pour les êtres chers, lointains, dont on ne sait peut-être plus rien. Tout semble transfiguré par la guerre ; plus fort, plus intense. Mais l'horizon que devine Zweig, c'est à nouveau le sommeil de la paix. Un texte poétique et puissant.

La tour de Babel

Voilà un article sur le pacifisme ou comment, sous des airs de conte biblique, Zweig rappelle aux intellectuels qu'ils peuvent, qu'ils doivent construire une grande œuvre commune. Cette œuvre, c'est l'Europe d'avant la Grande Guerre, une Europe des artistes, des liens malgré les frontières, de l'émulation intellectuelle. Et cette guerre, n'est-elle pas un nouveau châtiment divin d'un Dieu qui prend peur des avancées des hommes ? Zweig espère une paix prochaine, qui permettra de nouveau la construction commune de cette tour qu'aujourd'hui chacun tente d'édifier dans son coin. 
Je crois que c'est le texte que j'ai préféré de tous les essais lus aujourd'hui. Il est à la fois d'inspiration biblique et contemporaine, d'une langue belle et poétique. On est presque dans une nouvelle plus que dans un essai. Et cela a bien plus de force que tous les appels au nationalisme des textes suivants !

Et puis, bien sûr, j'ai eu envie de lire un peu plus. Et j'ai poursuivi dans cette veine avec les essais suivants : Parole d'Allemagne et Aux amis de l'étranger.

Parole d'Allemagne

Voilà un texte très étonnant car très pro-allemand. Autriche et Allemagne sont un seul pays et comme un seul peuple pour Zweig. L'Allemagne y apparait comme un homme fort, qui devrait lutter sur tous les fronts contre l'ennemi et dont la botte secrète résiderait dans son organisation et sa discipline. Oui, c'est un peu caricatural... et ce texte n'a pas la finesse que l'on connaissait habituellement à Stefan !

Aux amis de l'étranger

Même étonnement avec cet article qu'avec le précédent car il montre un Zweig nationaliste, pour lequel les siens comptent plus que ses amis de l'étranger. C'est donc un adieu, un peu pathétique, à tous les échanges, toutes les rencontres et les collaborations intellectuelles au-delà des frontières. L'auteur se sent submergé par son devoir de n'être qu'allemand, de se couper des autres. Il invite au silence à l'heure où les soldats agissent, il veut éviter les éclats de haine mais il marche sur le fil avec ce texte qui est tout sauf un silence...

Si les deux textes cités plus haut rappellent furieusement les échanges avec Romain Rolland et Le monde d'hier, les deux derniers surprennent par la véhémence de Zweig. On le croyait pacifiste mais il a aussi été embarqué par la fièvre nationaliste des premiers temps de la guerre, on l'imaginait européen alors qu'il était pro-allemand. Une posture qui ne dure pas mais qui questionne. Car c'est quelque chose qu'il omet complétement dans Le monde d'hier. C'est intéressant de voir qu'il ne reste pas campé sur ses positions, qu'il grandit, accompagné par d'autres intellectuels et amis. Et que sa vision de l'Europe fait plutôt rêver, contrairement à aujourd'hui. Est-ce la réalisation qui est en deçà des espérances ? Est-ce l'approche économique plutôt que culturelle qui est à mettre en cause ? Je n'ai pas de réponse mais j'ai l'impression qu'il faudrait remettre un peu de rêve et de mythe dans notre Europe.


vendredi 10 mars 2017

Aquarium

Seamstress, mistress, distress, stress par Louise BourgeoisCes Nouvelles de la Mongolie d'aujourd'hui de Luvsandorj Ulziitugs m'ont été offertes par les éditions Borealia que je remercie vivement !

J'ai beaucoup apprécié le style de cette auteur, qui dans certaines de ses nouvelles, joue avec l'absurde et le fantastique dans la vie quotidienne. Dans d'autres, il s'agit presque de petits essais, façon tranche de vie et tranche de soi. C'est un univers très frais, très féminin, intrigant et envoutant, parfois cruel, à la frontière entre rêve et souvenir, dans lequel il m'a plu me promener.Un univers qui peut faire penser à Ogawa par son onirisme, son côté très poétique mais aussi très dur.

Les nouvelles du recueil sont les suivantes:

Aquarium. 

Une mère devenue poisson observe sa famille depuis son aquarium. Une réflexion à la manière de Kafka sur le prisme que chacun jette sur le monde, la bulle dans laquelle on évolue.

Les images restées sur les lunettes. 

La vie d'Amuu à travers ses lunettes !

La limite du visible. 

Sur la mort du père et comment on devient un ciel (oui, c'est mystérieux mais c'est surtout très poétique).

La peur. 

Tout ce qui fait peur à la narratrice, dans la vie urbaine notamment.

Le miroir.

"Objet inutile qui embrouillait les gens" selon le grand-père, le miroir est évoqué à travers des anecdotes qui mettent en scène diverses femmes, de la petite fille à l'aïeule. Et s'il montrait notre âme ? Et si les poèmes de l'auteur étaient des miroirs de son être ? De la nouvelle à la considération poétique.

Une femme. 

Elles font toutes la queue. Elles attendent dans un hôpital... Vous allez bientôt savoir pourquoi.

Le vrai plaisir ou mon choix naturel. 

A partir de la question d'une journaliste sur le plaisir, l'auteur s'interroge sur ce qu'il représente pour elle, où il s'incarne ou se dissimule.

Une odeur si chaleureuse. 

Parcours et rencontre à travers les odeurs des êtres.

Voleuse. 

Un objet, puis un autre, puis encore un autre, disparaissent de sa maison. Jusqu'où cela peut-il continuer ?

Divine consolation. 

Histoire de femmes et de consolatrices.

Elle et Lui. 

Histoire d'une rencontre et d'une maladie, dans l'univers froid des conférences internationales. Histoire de codes culturels et d'incompréhensions.

Grossesse. 

Que lui est-il arrivé ? A-t-elle été violée ? A-t-elle trompée son mari ? Histoire d'un couple qui ne pouvait pas avoir d'enfant.

Mob grand-père non croyant. 

Souvenirs d'un grand-père, au caractère bien trempé. 

"Être pauvre est parfois la meilleure défense, ma fille ! Tes enfants ne pourront compter sur aucun objet, ils n'auront plus la possibilité de se dire qu'ils pourront les vendre ou les échanger contre quelque chose en cas de besoin. Que dans le futur ils aient foi en leur capacités et en leur travail ! Ce n'est pas un mal que de ne pas posséder d'objet. Au contraire, c'est en devenant des adorateurs d'objets qu'ils seront malheureux toute leur vie !"
"Personne n'a l'intention de se refuser une vie de grand luxe ou au moins une vie d'aisance. En fait, cela ne leur viendrait même pas à l'idée. Je peux comprendre qu'il ne soit pas donné à tout le monde d'avoir le courage de refuser une vie de luxe qui arrive sans qu'on l'ait cherchée [...]Mais voir des gens qui se démènent comme des ânes jusqu'à la fin, pour obtenir des choses qui dépassent leurs besoins, me trouver face à cette tendance à la compétition pour des choses ridicules, à cette attitude qui relève une incapacité évidente à penser aux autres, tout cela me met mal à l'aise".
 Cela peut paraitre accessoire mais j'ai aimé les ombres chinoises qui illustrent les nouvelles ainsi que la présentation détaillée de l'auteur. Un joli livre !