lundi 17 juillet 2017

Les quatre fleuves

J'ai eu la joie de découvrir un Vargas un peu différent de ceux que je connaissais. Ici, il s'agit d'un roman graphique, presque d'une bande dessinée en collaboration avec Edmond Baudoin. 

On reste dans l'univers familier du polar et Adamsberg est au rendez-vous. Il ne ressemble pas du tout au Adamsberg de mon imagination. Danglard non plus. Mais tant pis. Par contre, l'enquête est sympa. Plus courte que d'habitude, certainement à cause du format mais pas moins palpitante ! 

Grégoire et Vincent organisent souvent des vols à la tire et autres magouilles. Mais cette fois-ci, ils s'attaquent à un poisson trop gros pour eux. Dans le sac du vieux qu'ils ont bousculé, il y a pas mal de trucs louches. Astrologie, magie noire et compagnie. Et Vincent se fait descendre. Grégoire tourne un peu trop près de l'immeuble de Vincent, ce n'est pas prudent. Et Adamsberg le repère. Il faut dire que Grégoire ne passe pas inaperçu avec ses rollers et ses cannettes de bière, qu'il ramasse pour son père. Lequel les utilise pour reproduire la fontaine des quatre fleuves du Bernin. Dans son jardin.

Bref, tout le monde est un peu tapé chez Vargas. Surtout les meurtriers. Et celui-là, il est possible que ce ne soit pas un vieux inoffensif mais Le Bélier, tueur en série qui signe ses crimes d'un joli bélier... Bref, ça craint pour Grégoire car Adamsberg a beau sentir les trucs, il n'est toujours pas d'une vivacité qui permette de tout contrer...

Très chouette cette collaboration entre Vargas et Baudoin, une bonne lecture pour se détendre cet été. 

Bernin, 4 fleuves, rome

mercredi 5 juillet 2017

Un ethnologue dans le métro

Petit livre de Marc Augé qui se lit bien, il plaira certainement aux parisiens qui me lisent. Attention cependant, c'est parfois un peu décousu.

Metro parisien
La première partie, qui s'intéresse notamment aux "Mémoires" que nous avons du métro m'a semblé la plus abordable et la plus sympa. J'ai particulièrement apprécié de lire combien le métro illustrait une partie de nos histoires :
"C'est bien un privilège parisien que de pouvoir utiliser le plan du métro comme un aide-mémoire, un déclencheur de souvenirs, miroir de poche où viennent se refléter et s'affoler un instant les alouettes du passé [...] Certaines stations de métro sont suffisamment associées à des périodes précises de ma vie, néanmoins, pour qu'y penser ou en rencontrer le nom puisse m'être l'occasion de feuilleter mes souvenirs comme un album de photos"

"Les lignes de métro, comme celles de la main, se croisent ; non seulement sur le plan où se déploie et s'ordonne l'entrelacs de leurs parcours multicolores, mais dans la vie et la tête de chacun"

"La majorité des parcours singuliers dans le métro sont quotidiens et obligatoires. On ne choisit pas de les garder ou non en mémoire : on s'en imprègne, comme du souvenir de son service militaire"

"Tel nom de station qui ne fut longtemps pour nous qu'un nom comme un autre, repère convenu dans une série invariable, a pu soudain revêtir une signification sans précédent, symbole d'amour ou de malheur"

Les parties suivantes, intitulées "Solitudes" et "Correpondances", et qui s'intéressent à l'altérité dans le métro, s'interrogent sur le "fait social" qu'est le rituel de prendre le métro, questionnent Marcel Mauss, m'ont moins parlé.
"La lecture y occupe encore une grande place [...] sous la forme de bandes dessinées ou de romans sentimentaux comme ceux de la série Harlequin. Ainsi, l'aventure, l'érotisme ou l'eau de rose se déversent dans les cœurs solitaires d'individus qui s'appliquent avec une constance pathétique à ignorer leur entourage sans rater leur station"
 Dommage que la moitié du livre soit finalement si abstraite, si peu liée au métro, mais s'inquiète plus de débats ethnologiques et de positionnement que de rendre son propos limpide.

lundi 3 juillet 2017

A room of one's own

Je terminerai ce mois anglais sur un essai de Virginia Woolf qui patiente depuis bien longtemps dans ma LAL. C'est un ensemble de conférences sur le sujet "women and fiction" ordonnées dans ce petit traité. La thèse de Virginia ? Il faut une pièce pour soi, que l'on peut fermer à clé, et 500 livres de rente pour qu'une femme puisse écrire.

Toutes les conférences ne m'ont pas intéressée de la même façon et j'ai trouvé le propos parfois redondant mais l'ensemble dessine une analyse passionnante de la condition des femmes, de leur accès à l'éducation et à l'écriture. Un essai féministe, qui ne manque pas d'ironie, à l'égard des hommes comme des femmes.

On commence d'abord par suivre une femme dans ses activités quotidiennes, un peu comme on a pu suivre Clarisse Dalloway. On voit ce qui est admis et ce qui ne l'est pas. Dans le cadre d'une université fictive, Oxbridge... Et entrer à la bibliothèque n'en fait pas partie. Qu'à cela ne tienne, il y a celle du British Museum. Où la majorité des livres sont écrits par des hommes. Oui, même -voire surtout - lorsqu'il est question de femmes. 

Mais là où l'on entre dans le vif du sujet, c'est lorsque Virginia touche à Shakespeare et à Jane Austen. Elle imagine le tragique destin d'une sœur de Shakespeare. Et elle s'étonne de la force d'une fille de pasteur, qui a pu écrire au milieu d'un salon bruyant. Le chapitre sur les Bronte, Austen et Eliott est de loin celui qui m'a le plus plu. Je me suis délectée des images que Virginia nous propose et de l'innovation étonnante de ces bas-bleus. Par contre, elle aurait pu faire une petite place à d'autres dames, plus antiques comme Sappho, plus précieuses comme Mme de Scudéry ou Mme de Lafayette.

Enfin, elle s'attaque au cœur même du travail de l'écrivain, proposant que la qualité n'émane pas du sexe de l'auteur mais plutôt de sa capacité à se fondre entre eux. L'écrivain idéal est androgyne. C'est finalement ces derniers chapitres que je retiendrai. Virginia se demande si l'argent n'est pas plus important que le droit de vote pour les femmes. Je vous laisse réagir. Elle invite aussi à dépasser cette opposition entre hommes et femmes pour ne laisser paraitre que l'écrivain. Et invite tout un chacun à prendre un stylo, sans se soucier des résultats, simplement pour le plaisir d'écrire.

Comme souvent quelques extraits de la lecture :
"No force in the world can take from me my five hundred pounds. Food, house and clothing are mine forever. Therefore not merely do effort and labour cease, but also hatred and bitterness. I need not hate any man; he cannot hurt me. I need not flatter any man; he has nothing to give me. So imperceptibly I found myself adopting a new attitude towards the other half of the human race".

"'Women live like Bats or Owls, labour like Beasts, and die like Worms...'" 

"In those words she puts her finger exactly not only upon her own defects as a novelist but upon those of her sex at that time. She knew, no one better, how enormously her genius would have profited if it had not spent itself in solitary visions over distant fields; if experience and intercourse and travel had been granted her. But they were not granted; they were withheld; and we must accept the fact that all those good novels, VILLETTE, EMMA, WUTHERING HEIGHTS, MIDDLEMARCH, were written by women without more experience of life than could enter the house of a respectable clergyman; written too in the common sitting-room of that respectable house and by women so poor that they could not afford to buy more than a few quires of paper at a time upon which to write WUTHERING HEIGHTS or JANE EYRE". 

"Speaking crudely, football and sport are 'important'; the worship of fashion, the buying of clothes 'trivial'. And these values are inevitably transferred from life to fiction. This is an important book, the critic assumes, because it deals with war. This is an insignificant book because it deals with the feelings of women in a drawing-room". 

"It was strange to think that all the great women of fiction were, until Jane Austen's day, not only seen by the other sex, but seen only in relation to the other sex. And how small a part of a woman's life is that; and how little can a man know even of that when he observes it through the black or rosy spectacles which sex puts upon his nose". 

"Thus, when one takes a sentence of Mr B into the mind it falls plump to the ground--dead; but when one takes a sentence of Coleridge into the mind, it explodes and gives birth to all kinds of other ideas, and that is the only sort of writing of which one can say that it has the secret of perpetual life". 

"'The poor poet has not in these days, nor has had for two hundred years, a dog's chance...a poor child in England has little more hope than had the son of an Athenian slave to be emancipated into that intellectual freedom of which great writings are born.' That is it. Intellectual freedom depends upon material things. Poetry depends upon intellectual freedom. And women have always been poor, not for two hundred years merely, but from the beginning of time. Women have had less intellectual freedom than the sons of Athenian slaves. Women, then, have not had a dog's chance of writing poetry. That is why I have laid so much stress on money and a room of one's own".


mercredi 28 juin 2017

Towards zero

Un mois anglais sans Agatha, est-ce possible ? Et contrairement à l'an dernier, j'ai pioché un bon cru, en tous cas, à mes yeux. 

La construction y est pour quelque chose avec une mise en place peut être plus complexe que d'habitude, à la fois autour d'un Mr MacWhirter, qu'on ne retrouve qu'au dénouement, ce qui rend le procédé un peu mal amené, de Battle, de Scotland Yard, qui a quelques problèmes familiaux, de l'assassin qui tend ses filets, etc.

Puis l'on rentre dans le vif du sujet avec Neville et Kay Strange. Ceux-ci prévoient de passer quelques jours dans une maison de famille où Neville a grandi, auprès de Lady Tressilian. Mais à la période où Audrey Strange, première épouse de Neville, a l'habitude de venir. Cela crée vite une ambiance invivable entre allusions et jalousies. Neville veut-il rester avec Kay ou revenir auprès d'Audrey ? Tout le monde se le demande... et a son avis sur la question. Mais avant la fin du séjour, les choses prennent un tour plus dramatique qu'un simple triangle amoureux. Lady Tressilian est retrouvée morte, le crane fracturé. Personne n'est entré ou sorti. Qui est le coupable ? La gentille dame de compagnie, le pupille, l'ami, l'épouse ou l'ex ?

Battle est sur le coup avec d'autres agents. Poirot n'est pas là même s'il est évoqué... Et heureusement, MacWhirter réapparait. 

Un bon petit Agatha Christie, avec une théorie intéressante, portée par le titre et l'avocat de Mrs Tressilian : le crime n'est que l'aboutissement, le zéro... mais il y a toute une pelote à remonter pour le comprendre. 



mercredi 21 juin 2017

Night and day

Ce Virginia Woolf ne restera pas parmi mes favoris. Je l'ai trouvé un peu bavard, et finalement assez loin de ce que j'avais apprécié dans mes précédentes lectures, ce monologue intérieur continu, qui s'intéresse plus à la pensée qu'à l'action. Car si l'on sent bien que Katherine Hilbery est sans cesse en proie à ce flux de pensées, qui l'éloignent bien souvent du monde, le lecteur n'y a pas forcément accès. 

Alors, le plot ? Londres. Katherine Hilbery, petite fille d'un grand écrivain, aide sa mère à écrire la biographie de l'illustre grand-père. Tea-time, lettres à recopier et équations (en cachette) forment son quotidien de jeune femme de bonne famille. Ralph Denham, juriste, tombe amoureux d'elle suite à une tea-party. Mais il n'est pas du même milieu qu'elle. Lui doit travailler et entretenir sa famille. Ah oui, et Mary est amoureuse de Ralph. Et c'est aussi une bonne amie de Katherine. Elle travaille pour être indépendante économiquement, et avoir des droits politiques. Voilà notre suffragette ! Il y a enfin William Rodney, un écrivain en devenir, un peu imbu de lui-même, qui doit épouser Katherine. Mais qui lui préfère sa cousine, Cassandra. Oui, c'est un peu compliqué les sentiments des uns et des autres... Et ce n'est pas forcément ce qui nous intéressera le plus durant la lecture. 

La question des classes sociales, du mariage, du travail des femmes, etc. que nous transmet Virginia est autrement plus intéressante. Et permet aux personnages de s'exprimer librement... Oui, William n'est pas mon idéal masculin avec cette réplique : 
"But for me I suppose you would recommend marriage ?" said Katherine, with her eyes fixed on the moon. "Certainly I should. Not for you only, but for all women. Why, you're nothing at all without it ; you're only half alive ; using only half of your faculties ; you must feel that for yourself".
Déçue par cette construction finalement assez classique, pas encore réellement woolfienne, j'ai retrouvé cette impression de marées, non pas dans les pensées des personnages, mais dans leurs sentiments, qui hésitent, qui disparaissent et réapparaissent, à mesure des jours... et des nuits. C'est fou d'ailleurs la différence des caractères selon que l'action prend place le jour ou la nuit, vous y serez attentifs si vous le lisez ! 

Et déçue aussi par les personnages, qui m'ont assez peu intéressée. Seule Mrs Hilbery, finalement plus fine et plus attentive qu'elle n'y parait, m'a pas mal amusée.

Quelques autres phrases glanées :

"You sound very dull", Katherine remarked, for the second time. "Merely middle class," Denham replied. "You pay your bills, and speak the truth. I don't se why you should despise us"

"It's curious", Mr Hilbery continued, agreeing with his daughter, "how the sight of one's fellow-enthusiasts always chokes one off. They show up the faults of one's cause so much more plainly than one's antagonists. One can be enthusiastic in one's study, but directly one comes into touch with the people who agree with one, all the glamor goes. So I've always found"

lundi 19 juin 2017

La mise à nu des époux Ransome

Drôle d'histoire que celle de ce couple cambriolé un soir de sortie à l'opéra. 
Mr et Mrs Ransome se retrouvent sans rien. Tout à disparu. Jusqu'au papier des toilettes, la marmite et son pot au feu, la moquette... Il ne reste rien.

La police ne sait pas trop quoi faire ou dire. La psychologue ne voit pas trop non plus. Mr Ransome reprend son métro-boulot-dodo mais n'a plus moyen d'écouter Mozart, ce qui le déprime. Mrs Ransome redécouvre son quartier en achetant ce qui manque (c'est à dire tout). Ce changement de cadre invite Mrs Ransome à sortir de ses habitudes. Son mari a plus de mal. Et puis, un jour, le mystère s'éclaircit.

Un roman d'Alain Bennet, l'auteur de La reine des lectrices, qui n'est pas aussi abouti que ce dernier. Absurde mais pas toujours drôle, léger et rapide mais souvent trop, il se lit en moins d'une heure et risque de laisser des souvenirs pour moins d'un mois. Absolument pas indispensable mais très british spirit.


jeudi 15 juin 2017

L'amour et M. Lewisham

Sous-titré "Histoire d'un très jeune couple", ce roman de H.G.Wells est un anti roman d'amour. Il en reprend les codes et il s'en moque allégrement. Sympathique sans être dingue, il aurait mérité plus de concision.

"En ce prélude, il ne sera pas question de l'amour, et cet antagoniste n’apparaitra réellement qu'au troisième chapitre". 
Oui, le ton est donné dès l'incipit ! Il va falloir lutter. 
Le lecteur rencontre M. Lewisham alors qu'il est maître adjoint et fournit dans sa petite chambre un travail considérable pour avancer dans ses études. C'est dans ce lieu que l'on découvre toute la philosophie et l'ambition du jeune homme à travers ses livres, les citations épinglées aux murs et son emploi du temps bien chargé. C'est sans compter sur le fameux amour du troisième chapitre, qui se présente sous les pas et les traits de la mignonne Ethel dès le premier chapitre. Mais comme l'indique également notre auteur, tout ceci n'est qu'un prélude et c'est à Londres, quelques années plus tard, que se joue l'essentiel de notre tragi-comédie. 

Wells n'y va pas de main morte avec son héros. Il le ridiculise tant et plus, il ne cesse d'ironiser sur la jeunesse et le mariage, bref, il s'amuse. Et le lecteur aussi, tout en ayant pitié du pauvre garçon. Dans cette sévère société victorienne, le romantisme et le rêve s'étiolent face à l'ambition et la tromperie londonienne (la scène de spiritisme en est le plus bel exemple). Un roman très différent de l'étiquette "anticipation" que l'on colle à l'auteur. 



Du même et dans un genre similaire, j'avais beaucoup aimé Miss Waters.

mercredi 14 juin 2017

Au hasard de la vie

Je n'ai pas le même enthousiasme devant mon Kipling de cette année que devant celui de l'an dernier, La lumière qui s'éteint. Est-ce le format "nouvelles" ? Est-ce l'exotisme ? On retrouve par contre la puissance de l'écrivain, son gout de l'aventure et ses personnages étonnants.

La préface nous invite dans un monastère indien, auprès d'un sage aux nombreuses histoires, que rencontre notre auteur.
"J'écris sur toutes les choses qui sont à la portée de mon entendement et sur beaucoup qui ne le sont pas. Mais surtout j’écris sur la vie et la mort, sur les hommes et les femmes, sur l’amour et la destinée dans la mesure de mes capacités, en racontant l’histoire par les bouches d’une, deux personnes ou plus. Alors, par la grâce de Dieu, les histoires se vendent et me rapportent de l’argent qui me permet de vivre".
C'est certainement la partie qui m'a le plus plu, notamment avec ce passage : 
"- Moi, j’étais jadis un conteur renommé, quand je mendiais sur la route entre Koshin et Etra ; avant le dernier pèlerinage que j’aie fait à Orissa. Je racontais beaucoup d’histoires et j’en entendais encore plus aux gîtes d’étape le soir quand nous nous réjouissions après la journée de marche. Je suis persuadé qu’en matière d’histoires, les hommes faits sont tout pareils à des petits enfants, et que la plus vieille histoire est celle qu’ils aiment le mieux. 
- Pour ton peuple, c’est la vérité, dis-je. Mais en ce qui regarde mes compatriotes ils veulent de nouvelles histoires, et quand tout est écrit ils s’insurgent et protestent que l’histoire aurait été mieux racontée de telle et telle façon, et ils demandent si elle est vraie ou bien si c’est une invention. 
- Mais quelle folie est la leur ! fit Gobind, en écartant sa main noueuse. Une histoire qu’on raconte est vraie durant tout le temps qu’on met à la raconter." 

Quant aux nouvelles, elles se déroulent toutes en Inde et s'intéressent aux liens entre anglais et indigènes, aux combats, aux femmes... Bien entendu, c'est très daté et les indiens passent souvent pour des imbéciles. Dans mon édition, j'ai trouvé ces titres :
La Noire et la Blanche : Georgie Porgie s'installe en Birmanie. Il prend une locale comme gouvernante, qui s'attache à lui. Alors que Georgie pense à se marier en Angleterre.
Le Retour d'Imray : Imray a disparu. Mais il semble que son esprit erre encore dans sa maison.
Le Chef du district : Remplacer un anglais par un indien, ce n'est pas forcément une bonne idée. En tous cas, dans cette nouvelle.
Naboth : Un mendiant, Naboth, s'installe près de chez vous...
La Rancune de Pambé Serang : Certains ont la rancune tenace, même pour un plat de riz ! 
"Il fut soigné et ramené à la vie avec toute la science que peut procurer l’argent, car la justice le réclamait ; et à la fin il recouvra suffisamment de santé pour être pendu en bonne et due forme"
Par le feu : Histoire d'amour et d'adultère qui finit mal.
L'Homélie de l'émir : C'est pas bien de voler ! L'émir est assez sévère avec ce genre de crime.
Les Juifs de Sheshuan : Ephraïm rêve d'une synagogue pour les siens. Mais c'est sans compter sur les calamités qui se préparent !
Route du puits-qui-gazouille : Lors d'une chasse, notre héros découvre un lieu mystérieux, qui rend fou les hommes.
La Cité de l'épouvantable nuit : nuit de chaleur où tous dorment, corps entassés. Promenade nocturne.
Mulvaney, incarnation de Krishna : Mulvaney, Ortheris et Learoyd sont inséparables. Mulvaney, le soldat le plus courageux, mais aussi le plus fou. De retour d'une expédition avec un palanquin, il se retrouve à voyager à travers l'Inde et à se faire passer pour un Dieu à Bénarès.
Comment Mulvaney épousa Dinah Shadd : Et malgré ce que dit le titre, ce n'était pas gagné. Car il a beau être fort, il n'est pas très malin avec les femmes, Mulvaney.
Sur le mont de Greenhow : Encore une histoire avec Mulvaney et ses amis. Cette fois, il est question d'un déserteur.
La Mutinerie des Mavericks : histoire de société secrète et de complots à San Francisco.

Des nouvelles d'intérêt et de longueur variés. Tout est loin d'être inoubliable.


dimanche 11 juin 2017

Un dessert anglais

Une fois n'est pas coutume, en l'honneur du mois anglais, j'ai eu envie de vous partager ma recette de crumble. Je le réalise avec les fruits de saison, ça peut-être pomme, poire, abricots, pêches, mirabelles, etc. selon l'inspiration. Cette fois, c'est avec les pommes Golden du pommier des parents et la rhubarbe de leur jardin !


Crumble cru

Tu coupes tes fruits en dés, tu les laves, tu les mélange grossièrement et tu les mets au fond de ton plat. Ça doit te faire un joli tapis, bien épais, tu ne vois plus le fond. Moi j'avais 4 pommes et deux branches de rhubarbe.

crumble cuit
Pour la partie "crumble", tu mélanges à la main 100 g de farine, 100 g de sucre (roux ou légèrement vanillé si tu as), 50 g de poudre d'amande (si tu n'en as pas, tu mets de la farine à la place, ça marche aussi mais c'est un peu moins cool) et 80 g de beurre demi-sel (parce que c'est meilleur). Tu mélanges un bout de temps pour obtenir une pâte sablée qui ne te colle plus (ou plus trop) aux doigts et qui s'effrite bien. Et puis tu l'effrite au dessus des fruits. Tu laisses cuire à 180°C pendant 40-45 min (enfin, ça doit dépendre de ton four, tu arrêtes quand c'est doré) et tu laisses refroidir un peu avant de partager (sinon tu te brules la langue). Enjoy !

lundi 5 juin 2017

L'héritage de Mr. Peabody

Sérusier, Paysage ogival
Pour parler de campagne anglaise, il y avait certainement d'autres titres. Mais chacun fait avec sa PAL, n'est-ce pas ? Plus qu'à la campagne, l'intrigue se déroule dans une petite ville anglaise entourée de marais. Bienvenue dans l'univers charmant d'Elizabeth Goudge !

Vendredi soir, fin de semaine. Tout commence dans la petite échoppe d'Isaac, horloger. Il soigne particulièrement cette montre, qui appartient au Doyen, le responsable religieux de la ville, Adam Ayscough. Demain, il viendra la lui porter chez lui et remonter les horloges de la maison. Fin connaisseur de l'horlogerie et habile artisan, Isaac réalise régulièrement des horloges. Celle qu'il imagine dépasserait en perfection tout ce qu'il a réalisé jusqu'à présent. 

Isaac vit avec sa soeur, Emma. Ce n'est pas une maison très joyeuse. Heureusement, Polly, la petite bonne est une boule d'énergie et d'optimisme. Surtout quand elle est amoureuse, ce qui est le cas. L'heureux élu, c'est Job, qui travaille comme apprenti chez un poissonnier et rêve devant la boutique de l'horloger. Il y a bien sûr d'autres personnages mais les principaux sont là. 

Et leurs relations vont se transformer au contact du Doyen qui décide un beau jour de sortir de sa tour d'ivoire et d'en apprendre un peu plus sur l'horlogerie. Par de petits actes, celui-ci va s'humaniser et faire rayonner la bonté autour de lui. Histoire de la conversion d'Isaac, c'est aussi celle de la conversion du Doyen, qui va enfin vivre l'amour de ses frères, non plus dans la rigidité mais dans la tendresse. 

Une jolie histoire, sans prétention, aux très belles descriptions de la ville et de sa cathédrale qui domine toute la campagne environnante.


samedi 3 juin 2017

Les grands-mères

Venus et Cupidon BronzinoAujourd'hui, le thème du Mois anglais est Doris Lessing. L'occasion pour moi de découvrir cette auteur ! Bon, il parait que cette histoire n'est pas très représentative de son œuvre donc je reviendrai certainement piocher d'autres de ses titres.

L'histoire et l'ambiance de cet ouvrage ne sont pas très saines, vous allez voir pourquoi. Lil et Roz sont amies depuis leur plus jeune âge. Elles font tout ensemble. Elles vont à l'école ensemble, elles vont à la plage ensemble, elles vivent l'une en face de l'autre. Évidemment, elles réussissent ensemble leur carrière (quoi que dans des domaines différents), se marient, ont chacune un joli garçon. La première ombre au tableau, si c'en est une, advient lorsque l'on propose au mari de Roz un job à l'autre bout du pays. Roz refuse de déménager. Son mari la quitte en la mettant en garde, car elle semble bien trop proche de Lil. Peu de temps après, Lil reste veuve. Tom et Ian grandissent et deviennent de beaux ados. Qui craquent sur la meilleure amie de leur mère. Ce n'était déjà pas très net, ça devient limite glauque. Sous un ciel d'azur évidemment. Mais le fin du fin, c'est que les beaux gosses vont quand même se marier... Et là, ça se corse !

Un roman très court aux allures de nouvelles, dans un cadre paradisiaque et lisse, qui cache, comme vous l'avez compris, d'étranges histoires. Bon, ça aurait mérité d'être un peu plus fouillé.

jeudi 1 juin 2017

One day

Je n'étais pas très enthousiaste devant le titre de David Nicholls proposé par le blogoclub de lecture pour ce premier juin. Ça sentait la bluette un peu niaise à plein nez.
Tout n'est pas niais. Mais ce n'est vraiment pas le genre de roman qui m'emballe. Erreur de compatibilité. Ça arrive.

Rembrandt, Amsterdam, Mariage juif
Emma et Dexter se rencontrent à la fin de leurs études. Ils s'apprécient beaucoup même s'ils ne se ressemblent pas. Il est du genre beau gosse, qui a envie d'être aimé, de réussir. Elle est plutôt intello, discrète et idéaliste. Ils oscillent pendant plusieurs décennies entre amour et amitié, se décidant plutôt pour la seconde option. Et on les rencontre, une fois par an, le 15 juillet. Pas ensemble. Ou pas forcément. On n'est pas en mode "on s'était dit rendez-vous". Non, on retrouve nos personnages dans leur vie quotidienne. Et l'on comprend l'année à l'aune du jour. C'est sympathique. On voit leurs carrières évoluer, leurs vies sentimentales changer, leur amitié se construire. Mais les personnages sont plus lassants qu'attachants : Dexter passe sa vie à picoler. Emma à s'excuser. C'est un peu caricatural. Heureusement, quelques touches d'humour viennent distraire le lecteur... et délayer encore un peu plus la sauce. 

Bref, ça a manqué de nuances à mes yeux, c'est trop de pages pour si peu d'aventure, ou pour si peu de découverte des personnages, ou pour un style si plat... J'ai eu l'impression de lire un scénario un peu longuet. 

Heureusement, il y aura de belles découvertes dans ce mois anglais, stay tuned !  


lundi 22 mai 2017

Marqués à vie

Après Santiago du Chili, direction Manille pour suivre une volontaire de solidarité internationale partie avec Fidesco, Lucie Taurines

Après un parcours brillant dans le commerce international, notre volontaire s'interroge. Est-ce vraiment là sa place ? Quel est le sens dans son job ? Dans l'argent qu'elle gagne ? Et ses talents, ne pourrait-elle pas les mettre au service d'autre chose ? C'est avec ces questions en tête qu'elle chemine vers le volontariat. Et qu'elle se retrouve à accompagner des jeunes exclus philippins vers la vie professionnelle. Au sein de l'association LP4Y, elle intervient comme coach. Elle forme des jeunes qui ont fait de la prison, qui dorment dans la rue, qui n'ont pas été à l'école, qui dealent, afin qu'ils puissent accéder à un emploi digne. 
A travers de multiples anecdotes, Lucie nous dresse le portrait des Philippines et de la vie quotidienne des plus exclus. Elle nous compte ses petites victoires, ses échecs, ses doutes. Et surtout, elle nous présente des jeunes aux multiples talents. 

Restée trois ans sur place, avec une mission qui a pris de l'ampleur, passant de l'accompagnement de jeunes à celui des centres et aux partenariats avec les entreprises, Lucie nous transmet sa foi en l'être humain. Un beau parcours de vie... et de foi !

Angel Paraguay

mercredi 17 mai 2017

Petite Poucette

Ce petit livre de Michel Serres se lit rapidement et questionne beaucoup sur notre société. Il s'intéresse particulièrement à la mutation technologique et à l'arrivée du numérique. Cette révolution, du même ordre que le passage de l'oral à l'écrit et du manuscrit à l'imprimé, est en cours. Et la petite Poucette, une des actrices du changement avec son habileté à taper des messages avec son pouce. 

Explorant les divers aspects du monde, notre philosophe montre les évolutions qu'il subit, les changements qui s'opèrent. Il compare l'ancienne manière de faire à la nouvelle, il explique de façon assez didactique à nos parents ce que sont leurs enfants, des mutants ! 

Si l'idée est intéressante, j'ai trouvé qu'on restait très la surface des changements et des potentiels qu'ils ouvrent, que cela restait finalement très descriptif. Et que la position d'observateur de l'auteur ne suffit pas, qu'il serait bon de chercher à mieux comprendre et analyser ces changements, de s'inquiéter d'un internet toujours plus rempli de contenus mais des si faibles moyens pour vérifier les sources ou même les difficultés pour les plus jeunes à prendre du recul, à s'interroger sur ces contenus. Tout se dilue en lui, comme se dilue notre esprit critique devant l'abondance d'un supermarché rempli de publicités, de promo, d'offres si diverses que l'on n'y retrouve rien. 
C'est donc un point de départ intéressant que ce livre, mais il mériterait d'être complété, d'être débattu et pourquoi pas d'être questionné pour rêver la société que nous voulons construire. Je note cet extrait sur le travail, qui me parait très vrai concernant la génération Y et les suivantes :
"Comme il n'y a plus que des individus, que la société ne s'organise qu'autour du travail, que tout tourne autour de lui, même les rencontres, mêmes les aventures privées qui n'ont rien à voir avec lui, Petite Poucette espérait s'y épanouir. Or elle n'en trouve guère, elle s'y ennuie. Elle cherche à imaginer aussi une société qui ne soit plus vraiment structurée par lui. Mais par quoi ? Et combien de fois lui demande-t-on son avis"

lundi 15 mai 2017

Mariées rebelles

Wild brides, c'est le premier recueil de poésie publié de Laura Kasischke. Et le premier qui nous est traduit en français. Mais en nous proposant les textes originaux en face (ce qui est super chouette). Du coup, tu lis en anglais, tu apprécies le rythme, le choix des mots, l'ambiance bizarre (oui, dans sa poésie aussi) et puis tu jettes un oeil au français pour les mots qui t'ont échappés. Et tu avances tranquillement dans le recueil. Parfois, tu frissonnes. Parfois, tu trouves ça glauque. Parfois, tu ne comprends pas tout. Tu te repères avec Médée, qui coupe en quatre le recueil. Tu croises des femmes, des épouses, des familles. C'est malsain. C'est eros et thanatos en banlieue. Mais c'est puissant !

J'ai envie de vous mettre quelques extraits, de vous encourager à découvrir ce recueil. J'aurais pu en mettre bien plus, mais il faut choisir ! Parmi ceux que j'ai beaucoup aimé aussi il y a Palm, After my little light, I sat in the dark, Bells of ice, Passion, The sorceress and the wife.


Massacre of the Innocents (after Pieter Brueghel)

Pale rubies dripped from the branches
like red gems of ice, and Rachel
was weeping. And the cold
snow of Bethlehem, of Flanders.
The soldiers moved slowly
as a forest, confused
and eager as metal animals. Herod
was sleeping. Rachel
refused to be consoled. Hide
the childrens, the cried. Hold
the babies higher. But 
the world was unraveling. The future
had found them. The pond
was frozen sharp
and white as a wing.
And no one saved them. No. God
fled to Egypt, by donkey
through the snow, cold
snow of Egypt, of Flanders, of France.
A star was seen exploding
in the East, precisely
over themselves. They could have hidden, but
no angel appeared
to them. The soldiers arrived
grey and still, and their mothers
pleaded, and a voice was heard,
too late and wailing. In the cold
snow of Oklahoma,
or Dachau, or Peru. Wailing
and loud lamentation.
An old man got down on his knees
and begged to have
the baby back. Cape
of Good Hope.

Porch

When she died I believed that she was dead, but now
we meet each night in a world between ourselves
where she is more alive
than I have ever been.

On the front porch we talk
Baldung Grien, trois âges de la vie, 1510and rock in the wicker rockers
that ruined in the rain
even before she had gone.
The dead we love enter
the earth from here :
It is night, the front porch
between a meteor storm
and the new grass growing.

The yard is full of sweat-pea
and poison sumac, bittersweet
and brimstone.
The summer before
and all the summers since

are over and have never been.

In space the stars turn
to ash and incandescence, 
but it's too much to try to understand.
She says, Someday you'll learn to see
with all your eyes.

This amazes me.
My breath light is burning down but hers
has turned inward, become
truly lucent,
purely life.
She pulls her nightgown down
to show me the scars again
where they let death out of her.

I turn my head :
too bright, too beautiful.

She laughs. She says,
You're still the weaksister, the one
who was meant to die.

When I wake up
I need to believe -

Though - once I watched a swan die
of a fishhook caught in her throat.
In that still black river 

she seemed to sing
but it was pain that peeled
the notes from her.

Maybe that's all it is
to dream about the dead.

The bride between them

That night his bride's face
becomes the moon's surface
in his bed. Between dreams
he is climbing
the narrow step to her.
She wakes that night,

saying :

Now, think out
into all that might happen
to us. What it means, the future.
We'll look back later and remember
how it was tonight,
not knowing.

The house fills up with winter
months later. He sweeps up
the fireplace, afraid 
to find something
still alive among the ashes.
She is gone, fallen
into the bed of a man
he knows and loves.
Her bridal dress burns black.

Years ago, at any wedding
in any room full of people,
he would not have known
how a man's best friend
could become his bitter enemy,
how the eyes of the woman
he would love would look
moon-cold and closed.

He would not have known 
that to crawl up to the black, sad
sleep of love
is not to want to live.
His own ghost glowing there. 

In any room full of people
there are already two or three
wearing funeral shrouds
beneath their wedding clothes.
There is one at the altar
who will hold a knife 
to the throat of a friend.
A woman who can forget anything.
Two men who might share
the bride between them. 

The wind is cold.
Two dark cats claw in the snow.
He stands at the window
and understands
how one sweet creature
could gnaw another to death. 

vendredi 12 mai 2017

A Scanner darkly

J'ai mis pas mal de temps pour lire ce roman de Philip K. Dick, je ne suis jamais vraiment rentrée dedans, malheureusement. Pourtant le thème était prometteur : la drogue. Mais je n'ai pas accroché à l'écriture, ni aux personnages. Et j'attendais plus de SF que ça.

Fred évolue dans la brigade des stups. Il est chargé de surveiller Bob Arctor, Luckman et Barris, dealers et accros à la substance D. Ce Bob est particulièrement louche avec ses trous dans l'emploi du temps... Et pour cause, puisqu'il n'est autre que Fred. Un Fred / Bob qui ne se rend pas compte qu'il est le même homme, qu'il est à la fois schizo et parano. Car la substance D est à la fois abordable et mortelle. Elle attaque le cerveau dont les hémisphères ne se connectent plus. Bref, l'idée est fabuleuse et la description des symptômes également. Sauf que c'est assez lent, très pesant et noir. Quelques scènes délirantes viennent apporter un peu de légèreté, notamment celle des vitesses du vélo qui ont disparu mais l'ensemble reste lourd. Jusqu'à ce qu'apparaisse l'incapacité de Fred aux yeux de ses supérieurs. Et qu'il entame une nouvelle vie sous le nom de Bruce.

Ce qui m'a principalement déplu : le peu de SF. C'est ce que je venais chercher et j'ai visiblement pris le mauvais titre. A part le brouilleur qui permet à Fred de dissimuler son identité, et sur laquelle repose l'intrigue, pas grand chose. Si l'état policier en arrière-plan. Mais sinon, on reste dans une pseudo-normalité. Je n'ai pas non plus aimé le rythme, je me suis parfois ennuyée et la plume de l'auteur ne m'a pas non plus retenue. Bref, c'est une rencontre manquée.

Vase biface

mardi 9 mai 2017

Mission Tepeyac

Attention, voilà un témoignage qui dépote ! Romain et Renaildes de Chateauvieux ont choisi un mode de vie pas ordinaire. Jeunes mariés, ils se dédient à la prière, à la simplicité et à la mission. Et cela dessine un parcours pour les fondateurs de Misericordia

Après leur mariage, le jeune couple part en mission avec Fidesco... à Gainesville aux USA. Là, tu te demandes bien ce qu'il y a à faire pour les volontaires de solidarité internationale au pays de Donald. Eh bien, pas mal de choses en fait ! Vivants parmi les migrants hispanophones, dans un quartier où il n'est pas facile de trouver du boulot, de ne pas boire, dealer ou se droguer, Romain et Renaildes lancent de jolies initiatives : café de la miséricorde, visites de prisonniers, cours d'anglais, de musique, catéchisme, rosaire... et jusqu'à la construction d'un centre paroissial. 

Mais ce n'est que la mise en route. Car avec leurs enfants, notre couple est ensuite envoyé en mission d'évangélisation, en bus, le carrito del Tepeyac, dans les zones les plus délaissées d'Amérique du Sud. Mexique, Guatemala, Nicaragua, Bolivie... Notre famille débarque dans des lieux perdus et crée, en quelques mois, de nouvelles dynamiques religieuses.  Prélude à la création à Santiago de l'association Misericordia, cette aventure missionnaire épate le lecteur. La foi sans faille des parents, la simplicité et la joie des enfants, ouvrent les cœurs les plus durs. 

Ce témoignage est un véritable coup de cœur. C'est épatant comme ces deux-là bougent des montagnes et vivent "al estilo de Jesus". Cela donne envie de les suivre :)


vendredi 5 mai 2017

Une vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork

Les écrits d'Etty Hillesum, recommandés maintes fois par des proches, enfin empruntés en bibliothèque, lus et aimés. Wahou, quelle force dans ce bout de femme de 27 ans !

Ce livre est composé de deux éléments mis bouts à bouts : d'une part le journal d'Etty de 1941 à 1943 puis ses lettres depuis le camp de transit de Westerbork. 

Dans le journal, on découvre une jeune femme qui vit à Amsterdam, étudie, enseigne le russe, profite de la vie mais n'est pas très heureuse. Elle rêve de devenir écrivain mais se perd dans les idées plutôt que dans l'action. 
"L'essai le plus mince, le plus insignifiant que tu parviens à écrire vaut mieux que tout le flot d'idées grandioses dont tu te grises. Garde tes pressentiments et ton intuition, c'est une source où tu puises, mais tâche de ne pas t'y noyer ! [...] Ne surestime pas ces orgies de vie intérieure, ne va pas te croire pour autant du nombre des "élus" et supérieure aux gens "ordinaires" dont la vie intérieure t'est, après tout, parfaitement inconnue ; mais si tu continues à te griser et à te délecter de tous tes remous intérieurs, tu n'es qu'une chiffe molle et une bonne à rien"
"J'ai retrouvé soudain, fugitivement, la certitude qui, en ce moment précis où je tiens un stylo, a de nouveau totalement disparu : un jour je serai écrivain. Les longues nuits que je passerai à écrire, ce seront mes plus belles nuits. Alors tout jaillira de moi, s'écoulera de moi en un flux ininterrompu et sans fin, tout cela qu'aujourd'hui j'emmagasine en moi"
"Il n'y a pas de poète en moi, il n'y a qu'un petit morceau de Dieu qui pourrait se muer en création poétique"
Nous la rencontrons alors qu'elle vient de faire la connaissance de S., Julius Spier, chirologue (il lit ton âme dans les lignes de la main) et thérapeute. Avec ses conseils, Etty va grandir, se découvrir, s'accepter. C'est un voyage initiatique de l'âme que l'on fait avec elle. Et un parcours dans son quotidien, ses histoires de coeur, ses lectures, ses envies. On suit aussi le durcissement du traitement des juifs en Hollande. 
"On est constamment indignés devant certains faits, on cherche à comprendre, mais rien n'est pire que cette haine globale, indifférenciée. C'est une maladie de l'âme"
Gallen Kalela, Ad astra, 1907
Mais tout cela ne semble pas tellement peser car Etty est véritablement transfigurée par sa rencontre avec Dieu, avec ce qu'il y a de divin en elle. On ne sait pas vraiment quand s'opère cette conversion. Pas de grand miracle ou d'apparition. C'est simplement dans un ton qui évolue, qui murit, qui s'ensoleille malgré les difficultés qui s'amoncèlent. Elle nous livre des petits trésors d'abandon, d'acceptation et de foi.
"Il m'est indifférent de faire ou non de grandes choses, parce que j'ai l'intime conviction que de la réussite ou de l'échec il sortira toujours quelque chose. Avant, je vivais au stade préparatoire, j'avais l'impression que tout ce que je faisais ne comptait pas vraiment, n'était que la préparation à autre chose, à quelque chose de grand, de vrai"
"C'est ici et maintenant, en ce lieu, dans ce monde, que je dois trouver la clarté, la paix et l'équilibre. Je dois replonger sans cesse dans la réalité, "m'expliquer" avec tout ce que je rencontre sur mon chemin, accueillir le monde extérieur dans mon monde intérieur et l'y nourrir - et inversement -, mais c'est terriblement difficile, et pourquoi ai-je ce sentiment d'oppression au dedans de moi ?"
"Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à l'atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour. Il y a des gens, je suppose, qui prient les yeux levés vers le ciel. Ceux-là cherchent Dieu en dehors d'eux. Il en est d'autres qui penchent la tête et la cachent dans leurs mains, je pense que ceux-ci cherchent Dieu en eux-mêmes"
"Penser, c'est une grande et belle occupation dans les études, mais ce n'est pas ce qui vous tire de situations psychologiques difficiles. Il y faut autre chose. Il faut savoir se rendre passif, se mettre à l'écoute. Retrouver le contact avec un petit morceau d'éternité"
"Voilà  ta maladie : tu veux enfermer la vie dans tes formules personnelles. Tu veux que ton esprit embrasse tous les phénomènes de cette vie, au lieu de te laisser toi-même embrasser par la vie. Je me rappelle ce mot : mettre ta tête dans le ciel, passe encore, mais mettre le ciel dans ta tête, holà ! Tu veux toujours recréer le monde à ton idée, au lieu de jouir du monde tel qu'il est. Tu montres là ta nature tyrannique"
On ne sait pas trop qui est ce Dieu pour Etty. Elle est juive mais pas pratiquante. On peut la voir chrétienne. Mais après tout, l'essentiel n'est pas là. A quoi sert d'identifier, de classer la divinité ? Ce qui compte, c'est que pour Etty, c'est un chemin vers elle même. 
"Je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi, mais cherche encore son plein épanouissement. Il m'arrive de croire que j'aspire à la retraite du couvent. Mais c'est dans le monde et parmi les hommes que j'aurai à me trouver"
"Je commence à me rendre compte que lorsqu'on a de l'aversion pour son prochain, on doit en chercher la racine dans le dégoût de soi-même"
"Nos actes ne sont souvent qu'imitation, devoir supposé ou représentation erronée de ce que doit être un être humain. Or la seule vraie certitude touchant notre vie et nos actes ne peut venir que des sources qui jaillissent au fond de nous-mêmes. Je le dis en cet instant avec beaucoup d'humilité et de gratitude et je le pense profondément (même si je sais que tout à l'heure je serai redevenue rebelle et écorchée vive) : "Mon Dieu, je te remercie de m'avoir faite comme je suis. Je te remercie de me donner parfois cette sensation de dilatation, qui n'est rien d'autre que le sentiment d'être pleine de toi. Je te promets que toute ma vie ne sera qu'une aspiration à réaliser cette belle harmonie, et à obtenir cette humilité et cet amour vrai dont je sens en moi la possibilité à mes meilleurs moments." Et maintenant, desservir le petit déjeuner, finir de préparer la leçon de Lévi, et un peu de make-up sur le museau"
Et grâce à cette conscience de Dieu, grâce à la prière, grâce à cette cohérence intérieure, cet apaisement, bien différents de l'agitation initiale des feuilles de 1941, Etty regarde l'extérieur avec plus de tranquillité. Elle parle souvent, même en camp, de la prière comme lieu de ressourcement et de compréhension du monde.
"Les menaces extérieures s'aggravent sans cesse et la terreur s'accroit de jour en jour. J'élève la prière autour de moi comme un mur protecteur plein d'ombre propice, je me retire dans la prière comme dans la cellule d'un couvent et j'en ressors plus concentrée, plus forte, plus "ramassée". Cette retraite dans la cellule bien close de la prière prend pour moi une réalité de plus en plus forte, devient aussi plus simple"
"Cette peur de ne pas tout avoir dans la vie, c'est elle justement qui vous fait tout manquer. Elle vous empêche d'atteindre l'essentiel"
"Je sens à présent tout le poids que tu m'as donné à porter, mon Dieu. Tant de beauté et tant d'épreuves. Et toujours, dès que je me montrais prête à les affronter, les épreuves se sont changées en beauté. Et la beauté, la grandeur, se révélaient parfois plus dures à porter que la souffrance, tant elles me subjuguaient. Qu'un simple coeur humain puisse éprouver tant de chose, mon Dieu, tant souffrir et tant aimer !"
Et ce qui est beau, c'est que cet amour pour Dieu, elle rejaillit sur l'autre. D'abord timidement, puis de plus en plus devant la difficulté de la vie à Amsterdam puis à Westerbork.
"Si j'aime les êtres avec tant d'ardeur, c'est qu'en chacun d'eux j'aime une parcelle de toi, mon Dieu"
"Il me reste une leçon à apprendre, la plus dure, mon Dieu : assumer les souffrances que tu m'envoies et non celles que je me suis choisies"
"On voudrait être un baume versé sur tant de plaies"
"Si nous ne sauvons des camps, où qu'ils se trouvent, que notre peau et rien d'autre, ce sera trop peu. Ce qui importe, en effet, ce n'est pas de rester en vie coûte que coûte, mais comment l'on reste en vie. Il me semble parfois que toute situation nouvelle, qu'elle soit meilleure ou pire, comporte en soi la possibilité d'enrichir l'homme de nouvelles intuitions. Et si nous abandonnons à la décision du sort les dures réalités auxquelles nous sommes irrévocablement confrontés, si nous ne leur offrons pas dans nos têtes et dans nos cœurs un abri pour les y laisser décanter et se muer en facteurs de mûrissement, en substances d'où nous puissions extraire une signification, - cela signifie que notre génération n'est pas armée pour la vie"
"Je vois ici beaucoup de gens qui disent : nous ne voulons rien nous rappeler d'"avant", sinon la vie au camp nous deviendrait impossible. Et moi, je vis justement si bien ici parce que je n'oublie rien de cet "avant" (qui n'en est d'ailleurs même pas un pour moi) et que je continue sur ma lancée"
"Tout est parfaitement bon. Et en même temps parfaitement mauvais. Les deux faces des choses s'équilibrent, partout et toujours. Je n'ai jamais eu l'impression de devoir me forcer à en voir le bon côté, tout est toujours parfaitement bon, tel quel. Toute situation, si déplorable soit-elle, est un absolu et réunit en soi le bon et le mauvais"
 Je ne vous ai pas mis la longue lettre qui décrit une nuit de départ pour la Pologne. Mais c'est une plongée dans l'horreur de la déportation pendant laquelle Etty tente d'être lumière, partout où elle passe. Avant d'être à son tour déportée avec sa famille et de mourir à Auschwitz. Un témoignage lumineux et puissant !

lundi 1 mai 2017

Très sage Héloïse

Comment ce livre de Jeanne Bourin est-il passé de ma bibliothèque à ma PAL en un déménagement ? Je vous rassure, pas d'enquête à la Sherlock pour débuter ce billet mais un simple constat : j'avais déjà lu ce livre et je ne m'en souvenais plus. Oui, oui, c'est utile un blog mais pour le bien, il faudrait aussi que je liste mes lectures de lycée, antérieures à ce petit coin de web. Bref, entrons dans le vif du sujet, ce ne fut pas un livre désagréable à relire (vous voilà rassurés). 

Notre chère Héloïse, amante d'Abélard, se meurt. La mère abbesse du Paraclet va remettre son âme à Dieu durant tout le roman. Kyrie Eleison. Mais rassurez-vous, c'est juste un artifice pour nous faire relire la vie de la belle Héloïse, en débutant sur les bords de Seine où elle vit avec son oncle et rencontre Pierre Abélard. C'est ensuite le feu de la passion qui les embrase... et qui continue d'éclairer notre héroïne sur son lit de mort. Elle n'est qu'amour, que passion, non pour Dieu, mais pour Pierre. Ce qui, au Moyen Age, nécessite de demander pardon à la veille de mourir si l'on ne veut pas rôtir éternellement. 

Alternant entre les souvenirs de l'abbesse et les réactions de ses sœurs, qui tentent d'apaiser ses derniers moments, ce roman retrace l'histoire d'une passion, d'un martyr. Car notre belle abbesse a la vocation de l'amour, pas du cloitre. C'est joli, ça se lit bien, ça fait se balader dans le temps, une bonne lecture détente. 

vendredi 28 avril 2017

Pourquoi êtes-vous pauvres ?

C'est le titre qui a attiré mon attention. C'est une bonne question, ne trouvez-vous pas ? C'est la question que pose William Tanner Vollmann aux pauvres qu'il rencontre, dans divers pays du monde. Cela va de la Colombie, à la Chine, en passant par le Kazakhstan, le Mali, la Thaïlande, les US... Ce livre, ce sont des discussions avec ces pauvres, souvent possibles grâce à des interprètes (qui font leurs petits commentaires), et des photos d'eux. 

Inondations Asuncion


Tout commence par des chiffres, histoire de comparer les niveaux de vie selon les pays, et par une courte introduction sur les intentions de l'auteur. Il affirme qu'il n'écrit pas ce livre parce qu'il se sent coupable. Ni même comme un essai sociologique. Peut-être juste pour donner une parole à ces pauvres au sujet de leur pauvreté. Et un visage à travers les photos. On suit donc Vollmann, distribuant son argent aux quatre coins du monde, recueillant des propos, des histoires, des interprétations, des superstitions, des mensonges peut-être... On ne sait pas bien. Car on croise nos personnages quelques jours ou quelques instants, selon que l'auteur ou l'interrogé s'attarde. C'est donc une démarche assez étonnante, qui parait ou naïve ou brutale. En tous cas, qui pose question au lecteur !

J'ai donc suivi notre auteur, parfois à reculons, fatiguée de l'absence de sens, de l'absence d'espoir parfois. J'ai du mal à garder une vision synthétique de ce livre, ce sont plutôt des visages et des morceaux d'histoires qui s'accrochent à la mémoire. Pourtant, ça marche par thème, notamment sur les phénomènes liés à la pauvreté comme l'invisibilité ou la dépendance. Mais non, ce n'est pas ça qui restera. 
Intéressant de lire aussi le rapport de l'auteur aux pauvres qui vivent près de sa maison, à Sacramento. Son respect mais aussi sa méfiance. 

Un drôle d'objet littéraire.

"J'en vins donc à me demander si l'une des caractéristiques de la pauvreté ne serait pas l'acceptation de la défaite"

mercredi 26 avril 2017

Cinq amoureuses

Afin de suivre, de loin en loin, le mois japonais proposé par Lou et Hilde, j'exhume de ma PAL cet ouvrage de Saikaku Ihara. J'avais peur de ce qu'il me réserverait. J'ai en effet lu, dans la même collection, le très fameux Je suis un chat qui m'avait plutôt pesé. Oui, ça tient à pas grand chose les a priori sur les livres chez moi.

J'ai donc découvert cinq histoires d'amoureuses sous la plume d'un écrivain japonais du XVIIe siècle et ça m'a bien plu. C'est toujours tragique, bien sûr.

Le lecteur entre dans les textes comme au théâtre, avec le titre et une description rapide des chapitres, puis s'engage dans un court roman, ou une nouvelle d'amour et de passion. Oui, la forme est un peu étrange à nos yeux. L'histoire est toujours assez réaliste et s'inspire d'aventures vécues. Par contre, pour comprendre la beauté de la langue et des mots choisis, il faut se reporter sans cesse aux très nombreuses notes (en fin de volume et avec des sous-catégories a) et b) et c) etc., vive le bouquin avec deux marque-ta-page), ce qui, in fine, te dégoute de la langue plus qu'autre chose. Je te donne un petit exemple pour que tu comprennes bien :
"Le titre même de ce chapitre "Koi wa yami yoru wo hiru no kuni" est un exemple du style de Saikaku.
(Là, je me dis "chouette, je commence par une œuvre exemplaire")
"Koi wa yami", littéralement : "L'amour, ce sont les ténèbres", est un proverbe signifiant que cette passion obscurcit l'intelligence. Si l'on ajoute "yoru" (la nuit), comme "yami yoru" signifie "une nuit de ténèbres", la phrase ainsi allongée signifie à son tour : Pour ce qui est de l'amour, une nuit de ténèbres (est propice à ses mystères)" (Koi wa yami yoru).
(Ah, oui, ça va, c'est logique. Je ne sais juste pas d'où sortent les mystères mais soit)
Si l'on prend maintenant "yoru" comme pivot en l'incorporant à la fin de la phrase,
(Mais pourquoi voudrait-on faire ça ?)
 cela donne "yoru wo hiru no kuni" ou "le pays (kuni) qui fait de la nuit (yoru wo) le jour (hiru)" expression qui veut dire "lupanar".
(Ah oui, quand même ! C'est joli comme expression)
L'ensemble correspond ainsi à : Le lupanar de Murotsu où le héros de l'histoire, plongé dans les extravagances de l'amour, perd la tête, dans les mystères de la nuit ténébreuse qui remplace le jour dans ce quartier.
(Là, c'est de la traduction ! t'es sûr que tu triches pas parce que tu connais l'histoire ?)
On relève ainsi le procédé de style cher aux poètes haïkaïstes chez qui les rebondissements de mot à mot, ou d'expression à expression, forment chaines d'évocations. Ce genre d'association en chaine d'images ou d'idées rend parfois difficile l'interprétation des titres de chapitres dans les œuvres de Saikaku. On en trouve aussi des exemples dans le texte même, surtout au commencement et à la fin des chapitres"
(Et ce n'est que la première note... on n'a pas fini ! C'est gentil de tout vouloir expliquer mais c'est un peu dense pour un petit titre de chapitre. Vive le traducteur disert). 

Alors, voyons nos cinq récits.

Histoire d'une belle de Himeji et de Seijuro. 

Seijuro est un pilier de lupanar. Son père ne supporte plus son fils débauché et le chasse. Mais en d'autres lieux aussi, il reste un joli coeur... Ce qui ne lui porte pas chance.

Histoire du tonnelier tombé amoureux. 

O-Sen attire tous les regards. Mais c'est finalement le tonnelier qui l'épouse après un étonnant pèlerinage. Mais la jalousie va perdre notre héroïne.

Histoire de l'éditeur d'almanachs. 

La jeune épouse O-San assiste sa servante O-Rin dans ses correspondances amoureuses. Pour se moquer du prétendant, elle imagine une farce qui se retourne contre elle.

Histoire de la fille du marchand de légumes. 

Réfugiée dans un temple, la jolie O-Sichi s'amourache d'Onogawa Kichisaburô. Les jeunes amants rusent pour se voir mais n'y tenant plus, O-Sichi commet un crime.

Histoire de Gengobei. 

Histoire d'un bel homosexuel qui voit mourir ses amants et se retire loin du monde. Jusqu'à ce qu'une jeune femme déguisée lui rende visite. Avec un happy end. 

Toutes les histoires se ressemblent un peu, on sent que l'adultère, c'est vraiment pas bien, mais que toutes ces braves hommes et petites dames ont envie d'y goûter. Et forcément, ça se passe mal.
5 amoureuses

Eh alors, avec toutes ces histoires, tu as fait le plein de littérature érotique ?! En fait, si tu t'attends à des textes aussi détaillés que les estampes japonaises, ce n'est pas le bon bouquin. Cela reste très chaste, on se glisse parfois dans un lit, grand max. Pas de voyeurisme, juste des comportements choquants pour la morale de l'époque. Et quelques petites images mignonnes pour nous illustrer tout ça !

lundi 24 avril 2017

Les livres prennent soin de nous

J'ai cru voir cet ouvrage de Régine Detambel sur pas mal de blogs lors de sa parution. Il fait le lien entre livres et thérapie. Attention, pas tous les livres ou les livres de développement personnel. Non, on parle de littérature ici. De livres qui n'ont pas pour objectif de soigner : "Car il faut qu'un livre soit plurivoque, un épais feuilletage de sens et non une formule plate, conseil de vie ou de bon sens, pour avoir le pouvoir de nous maintenir la tête hors de l'eau et nous permettre de nous recréer".
Livres en vitrine

A travers une promenade de bibliophile, Régine Detambel cherche à nous convaincre que les livres peuvent agir sur nos maux. Vont-ils les apaiser ou les accentuer ? Seul le lecteur le saura. Mais il sera un miroir, un compagnon. "Lire est un moyen de résister à l'exclusion, à l’oppression. Dans son essai, Éloge de la lecture, l’anthropologue Michèle Petit explique que lire est un moyen de "reconquérir un position de sujet, au lieu d'être seulement objet de discours des autres". Les histoires réparent ; dans un livre, on est toujours chez soi". Jusque là, pas de souci, on est d'accord.

Il n'y a pas vraiment de prescription et d'ordonnance, à tel chagrin, telle lecture, mais plutôt un appel à lire de beaux textes. C'est un plaidoyer pour la lecture, une ode au livre. Mais pour la lecture d'oeuvres littéraires... avec un regard un peu dédaigneux sur des livres d'accès plus facile du type best-seller. Bref, c'est un peu le snobisme agaçant du lecteur qui préfère avouer qu'il lit Montaigne plutôt que Coelho.

C'est un plaisir de débuter ce ouvrage, lui-même bien écrit, qui ne se présente pas du tout comme un guide pratique de la bibliothérapie mais plutôt comme une réflexion poétique sur ce thème, permettant répétitions et imprécisions. Mais, malgré son peu de pages, il donne l'impression de tourner en rond, de faire passer le même message avec quelques variantes. J'en sors donc un peu déçue mais intéressée par le concept thérapeutique... Même s'il n'est pas nouveau de dire que les livres nous font du bien ou du mal. Il est d'ailleurs fréquent que mes proches me demandent ce que je lis lorsque je sors déprimée d'un bouquin pour éviter le livre... et les mêmes effets.

"Trop de beaux arts donnent la nausée. Dans un grand musée, on peut faire l'expérience de la triste stupéfaction, de l'admiration désespérée qu'on peut éprouver parfois devant la beauté [...] Les hospitalisations en psychiatrie ne sont pas rares après une confrontation directe avec l'oeuvre d'art".

"Dans une langue neuve, on se refait à neuf. Quoi de mieux pour démarrer une nouvelle vie où l'on n'aurait encore vécu ni douleur ni chagrin d'amour ? En cultivant une langue étrangère dans laquelle on n'a ni chagrin ni mémoire, on peut enfin s'oublier [...] En débarquant dans un pays où je n'appartenais pas à un passé commun, ni à un groupe de personnes, ni à une langue, j'ai goûté à l'anonymat : il n'y avait plus autour de moi de repères, de modèles, d'exigences de représentation. J'eus le soupçon qu'en adhérant à cet état clandestin, j'aurais la chance d'entrevoir mon visage". 

"Si l'écrivain publie, c'est d'abord parce que la littérature a commencé par modifier sa propre vie. Il est un lecteur averti, qui sait qu'un livre, un seul, peut parfois changer la donne, transformer le regard, ouvrir des horizons, mobiliser des énergies inconnues, infléchir la direction d'une existence"

"Un livre, c'est une hospitalité qui est offerte, une sorte d'abri que l'on peut emporter avec soi, où l'on peut faire retour, un refuge où résonne l'écho lointain de la voix qui nous a bercés, du corps où nous avons séjourné"