vendredi 22 septembre 2017

Pierre le Grand. Un tsar en France, 1717

De passage dans la jolie cité de Versailles et en promenade au Trianon, j'ai découvert cette expo par hasard. Elle ne vaut pas spécialement le déplacement mais elle agrémente la visite.

Carel Allard, Feu d'artifice du 26 aout 1697 en l'honneur de l'arrivée à Amsterdam de la Grande Ambassade, Ermitage, St Petersbourg, 1697

Le thème en est le passage du tsar en France en 1717, alors que Louis XV est encore enfant. Bien entendu, les trois mois en France de Pierre le Grand ont un peu de mal à remplir les huit salles de l'exposition et le personnage, mal connu des français, mérite d'être introduit.

On découvre le tsar par ses portraits et par ses terres. Ce géant curieux et voyageur règne sur quatre mers et s'intéresse à tout. Voyageur, il étudie incognito l'ingénierie, la construction navale et bien d'autres sciences notamment entre 1697 et 1698 lors d'une mission diplomatique, La grande ambassade. Cet intérêt pour les sciences est développé ensuite, à l'aune du voyage à Paris, où il visite manufactures et académies. Quelques objets sont ainsi exposés, compas, équerres, sphère armillaire ou cadrans solaires. On entre un peu plus dans le détail du voyage français, les rencontres avec la Cour, le traité de commerce, la diffusion de cette visite auprès des français... Et les moments marquants dans des jardins et châteaux français. Ou devant la machine de Marly.

Enfin, il est question d'art et d'influence. Qu'apporte l'art français à la ville nouvelle de Saint Pétersbourg ? Et qu'apporte le tsar à la France ? Deux thèmes qui auraient pu être exploités plus largement car on reste sur sa fin dans cette section.

Présentant de nombreux objets du musée de l'Ermitage, cette exposition cible bien son propos mais présente finalement peu d'objets intéressants. Pierre le Grand semble juste un prétexte à quelques prêts et à une collaboration.

jeudi 21 septembre 2017

Portraits de Cézanne

Cezanne, Vieille au chapelet
C'est en juillet dernier que j'ai visité cette expo au musée d'Orsay et, voyant la clôture arriver, je m'empresse de vous en dire quelques mots. Comme son titre l'indique, cette expo est dédiée au genre très classique du portrait, le gagne pain des peintres. Sauf que c'est aussi un moyen d'expérimenter des choses. Et que les portraits exposés appartiennent plutôt à la sphère domestique, avec un nombre de représentations, pas toujours très flatteuses, de sa femme, Hortense.

Dans la première salle, on croise Achille Emperaire, un des portraits les plus connus de Cézanne. En pied, sur son trône ridicule, il nous renvoie à notre vanité ! Puis on s'étonne des portraits au couteau de l'oncle Dominique. C'est plus sculpté que peint, avec des grandes taches colorées, des ombres dans les reliefs. On découvre ensuite des autoportraits, des portraits d'Hortense, d'amis, du jeune garçon à la vieille femme courbée. Les couleurs changent, s'éclaircissent, l'épaisseur aussi. Les formats se stabilisent. 

Parmi les plus marquants de ma visite, je retiens l'oncle Dominique, Hortense, Gustave Geoffroy et la vieille au chapelet. Et cet aspect peut-être moins montré des portraits de Cézanne, qui sont aussi un moyen de simplifier, d'expérimenter, de jouer avec la lumière et les formes. Un voyage dans l'intimité du peintre.

mercredi 20 septembre 2017

Nuit d'ambre

Voici la suite du Livre des nuits que je me suis empressée d'aller chercher en bibliothèque après mon coup de coeur. Sylvie Germain prend une place nouvelle dans mon panthéon. 

On change un peu de prisme, laissant le vieux Nuit d'Or au second plan pour suivre un de ses petits enfants, Nuit d'Ambre, prénommé Charles Victor à sa naissance. Cet enfant, oublié par ses parents broyés par la mort de son grand frère, cultive une haine féroce envers les siens, envers le monde, envers les hommes et les dieux. Il se veut mauvais, criminel et colérique. Et il grandit ainsi avec pour seul amour sa petite soeur.

Personnage agaçant, égoïste et blessé, Nuit d'Ambre m'a moins plu que Nuit d'Or. Mais j'ai été heureuse de passer quelques heures de plus avec cette étonnante famille. Bref, un second tome moins fou que le premier.

 
"Baptiste, mon pauvre Prince de Nemours, mon pauvre amour de jeunesse, je ne sais plus, je ne peux plus t'aimer comme autrefois. L'amour en moi s'est essoufflé, le désir s'est perdu. Mon tendre et dérisoire Prince de Nemours, jusqu'à quand tiendras-tu ouvert le livre de notre rencontre, le livre de notre coup de foudre ? Vois, moi, j'ai perdu la page. Le livre m'est tombé des mains. J'ai perdu toutes les pages. Je ne sais même plus lire, peut-être. Je ne sais plus comment s'écrit l'amour, comment se dit, comment se lit l'amour"

"La guerre n'était-elle pas une mère monstrueuse, obscène et folle, qui ne portait les hommes dans son ventre difforme que pour les remettre bas, sous l'aspect d'êtres amputés à jamais de la paix dans leur mémoire et dans leur âme ?"

mardi 19 septembre 2017

120 battements par minute

La rentrée est aussi sous le signe du cinéma. Avec ce film, conseillé par quelques bons amis, on replonge dans les années 90. Les années sida.

Copyright Salzgeber & Co. Medien GmbH

Tout commence au sein d'Act up, cette association qui vise à défendre les droits des personnes touchées par le sida. On découvre une réunion de l'association puis son mode d'action musclé avec faux sang et délégations qui envahissent un labo pharma. Mais ce n'est pas un documentaire, c'est aussi l'histoire de ces hommes et femmes touchés par le sida, qui voient leurs amis mourir, dans l'indifférence générale. Vue comme la maladie des homos et des drogués, elle ne semble pas prioritaire pour le gouvernement, les labos ou l'opinion publique. Et l'on oscille entre l'association et les hommes durant le film, avec une tendance à voir de plus en plus les hommes à mesure que l'on avance : réunions, actions, réunions, premier mort, action, maladie du héros, accompagnement du héros, un peu moins d'Act up...

Entre le documentaire et l'histoire d'amour, avec des émotions, des partis pris et quelques longueurs, ce film nous met face à la douleur d'une maladie alors incurable, aux maux de ceux qui souffrent dans leur corps, de ceux qui les accompagnent, leur survivent... pour combien de temps ?

C'est le genre de film dont on sort glacé. Pas de musique sur le générique. Pas d'espoir. Et qui donne envie de se renseigner, d'en savoir plus, même si c'est prendre le risque de faire mentir ce qu'on nous a montré, l'ensemble harmonieux qui a été composé.

lundi 18 septembre 2017

Le livre des nuits

C'est certainement le coup de cœur de mon été que ce roman de Sylvie Germain. J'ai adoré son écriture poétique, les pointes de fantastiques, les personnages consistants et attachants. C'est vraiment mon truc le réalisme magique !

Frida Khalo, Luther Burbank, MexicoC'est l'histoire d'une famille, ou plutôt de Nuit-d'Or. Ce personnage fabuleux, prénommé Victor Flandrin Péniel, on va le suivre depuis ses origines de marin d'eau douce, enfant de péniche et d'inceste. Il est petit-fils de Vitalie, la femme aux six enfants morts nés, fils du septième, Théodore-Faustin, l'homme doux devenu fou après la guerre de 1870. Enfant des fleuves, il devient homme des terres, quelque part près des frontières, à l'est, au lieu nommé Terre Noire. Il y fonde une famille qui ne cesse de s'élargir, une famille d'enfants jumeaux, qui font miroir les uns pour les autres. Et qui traversent le XXe siècle entre guerres et violences des hommes. Et de Dieu ? s'interroge Nuit-d'Or.

Ce roman, c'est une merveille narrative. La première partie, "Nuit de l'eau", demande un petit effort, pour entrer dans le roman, mais très vite, le lecteur est pris et ne peu s'arracher à la famille Péniel, surtout lorsqu'elle sort de la réalité avec l'enfant de sel, les petites chaussures de la mort, les larmes de verre, l'ombre de Vitalie... et toutes ces petites touches qui transforment les êtres. C'est aussi une écriture très belle (ou que je trouve très belle) avec ces images inspirantes, pénétrantes et poétiques, ces rêves étranges et beaux, ces événements fantastiques qui n'appellent pas d'explication mais existent, simplement. 

Sans surprise, je me suis jetée sur la suite, Nuit-d'Ambre... Et je vous en parle bientôt.

mercredi 13 septembre 2017

Titus d'Enfer

Friedrich
Encore un titre qui sort de ma LAL. Je crois que ce roman étonnant de Mervyn Peake attendait son heure depuis près de dix ans. Et il a failli attendre plus lorsque j'ai commencé ma lecture car je n'entrais pas du tout dans l'ambiance. 

Tout se déroule dans Gormenghast, le château ancestral des comtes d'Enfer. Véritable labyrinthe où le lecteur s'égare, il héberge des êtres curieux, confondus avec leur fonction. Le comte, sa femme, ses soeurs, sa fille Fuchsia et son fils, Titus, dont la naissance met en branle le rythme immuable des cérémonies du château pour son futur comte. Il y a aussi tous les serviteurs, Nannie Glu, nurse, Lenflure, chef cuisinier obèse et doucereux, Craclosse, au service du comte et dont la maigreur fait craquer les os, le docteur Salprune, etc. Il y a aussi Finelame, un jeune homme ambitieux et malin, échappé des cuisines de Lenflure, qui compte bien s'imposer comme un incontournable de Gormenghast. Et puis, il y a ces personnes qui vivent autour du château, peuple de sculpteurs voués à la vieillesse dès 20 ans.

Histoire de la première année de Titus, l'héritier de Gormenghast, histoire d'une année de changements, d'étranges craquements dans le déroulement routinier et monotone des jours, voilà ce qu'est en partie ce roman. Mais il est surtout un objet étrange, poétique, gothique et fantastique. Il conjugue des idées superbes et saugrenues, des personnages absurdes, grotesques et caricaturaux, des lieux antiques et secrets, plein de couloirs, d'escaliers, de toitures et de greniers.

J'ai adoré la pièce des chats ou le lien de la comtesse avec ses oiseaux :
"Ils passèrent sous une voûte sculptée, au fond de la pièce, et refermèrent la porte derrière eux. Alors Finelame entendit de nouveau la rumeur, car les chats blancs s'étaient remis à ronronner à pleine gorge, sur un rythme lent et régulier qui évoquait la voix de l'océan dans l'oreille d'un coquillage"

Ou encore l'arbre de Cora et Clarice aux racines colorées, la chambre des racines. Le grenier de Fuchsia et sa forêt. La bibliothèque du comte, si chère à son coeur. La disparition du comte est aussi anthologique. Tout comme le combat de Lenflure et Craclosse.

Finelame est un peu agaçant, sournois et manipulateur. J'aurais aimé qu'il se prenne un peu plus les pieds dans le tapis. 
"Époustouflante, dit Finelame, est un mot du dictionnaire. Nous sommes tous prisonniers du dictionnaire. Nous nous contentons de faire travailler les forçats de cette vaste prison de papier, les petits mots imprimés noir sur blanc, alors que nous avons un besoin urgent de mots nouveaux, de sons nouveaux, d'effets nouveaux. En langage aussi mort que la rime des poètes, Excellences, vous êtes époustouflantes, mais que ne puis-je inventer un son flambant neuf pour vous communiquer ce que je ressens à vous voir, assises l'une près de l'autre devant le feu, dans votre splendeur pourpre ! Mais non, c'est impossible. La vie est trop éphémère pour les onomatopées. Le poids des mots morts m'étouffe, et je ne puis trouver aucun son qui exprime ce que je ressens"
L'ensemble est fabuleux, c'est un conte noir, qui désarçonne son lecteur autant qu'il l'émerveille et le fascine.

lundi 11 septembre 2017

La valse des arbres et des étoiles

Aussitôt croisé chez les parents, aussitôt dévoré. Il faut dire qu'il y a un superbe Van Gogh sur la jaquette et que le peintre s'invite dans ce roman.

Nous y rencontrons Marguerite Gachet, la fille du bien connu docteur d'Auvers-sur-Oise immortalisé par Van Gogh. Jeune femme de 19 ans, bachelière (ce qui est rare en 1890), Marguerite peint et rêve de partir en Amérique. Elle ne supporte pas le conformisme de la vie bourgeoise et cherche à éviter un mariage prévu avec le fils du pharmacien du coin. À ses heures perdues, elle dessine et peint mais sans talent. Jusque là, rien de bien fou. La petite bourgeoise qui se croit rebelle et qui nous casse les pieds, quoi (elle a finit par m'agacer) !

Notre petite aventurière nous conte à la première personne son année et son secret. Elle a croisé Van Gogh dont elle s'est entichée. Car il pourrait notamment lui apprendre à peindre et l'emmener loin de son milieu honni. Marguerite admire le peintre, mais c'est un coup de foudre pour l'œuvre plus que pour l'homme à certains moments. Tout se gâte avec sa passion et son côté tête brûlée... Peu discrète, elle finit par commettre des erreurs. Qui précipitent la fin de l'aventure et de Van Gogh.

Journal fictif de Marguerite, ce roman imagine un Van Gogh plein d'énergie et de rêves, pas du tout le dépressif au bord du suicide que l'on nous dépeint, le peintre maudit et sans espoir. Il est accueilli par un Gachet radin et opportuniste... Et cette petite folle de Marguerite, qui prend beaucoup trop de place. [spoiler alert] J'ai aimé l'hypothèse des faux et du faux suicide même si ça parait complétement tiré par les cheveux mais j'aurais préféré un Van Gogh moins personnage secondaire. 

Van Gogh, Oliviers, MoMA


Un roman qui se lit vite et bien, bercé par la plume simple et efficace de Guenassia. On regrettera d'ailleurs qu'elle ait perdu de sa verve et de son dynamisme. Rien de bien fou donc mais rien de trop (sauf peut être le temps de claustration de Marguerite). Bref sympa sans être inoubliable.

vendredi 8 septembre 2017

Portrait craché

C'est la rentrée des classes aussi dans mon roman !

Jeanne Kern, professeur de maths, se présente au lycée. Elle est virée, manu-militari, par les surveillants. Dans son immeuble, personne ne la connait. Idem chez les élèves ou parents d'élèves. Chez les commerçants, c'est pareil, on l'ignore ou on l'insulte. Vraiment, la rentrée s'annonce atroce pour Jeanne. Elle en vient à sortir tous ses papiers pour se rassurer, se reconnaître...

Le directeur et notre narrateur principal, Ketti, semble être derrière cette machination. Il nous intrigue. Il nous manipule, tout comme il manipule Jeanne. Mais notre petite prof n'est pas du genre à se laisser faire. Elle contacte un détective, qu'elle séduit, Laurent. Il n'est pas très bon, mais il est sous le charme. Et il finit par trouver la cause de la radiation de Jeanne par les siens. La victime n'est pas si innocente qu'elle le semble...

Un roman court, à trois voix, Laurent, Jeanne et Ketti, rondement mené. Le mystère n'est pas très épais, les réactions des gens étonnantes, mais ça fonctionne plutôt bien. Le roman d'une soirée.

Dora Maar aux ongles verts

jeudi 7 septembre 2017

Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis

Sepulveda est un ami des chats. Après son Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler, voici un autre conte avec un chat pour héros. Son nom est Mix. Il vit avec Max à Munich. Ils grandissent ensemble, inséparables.  
Mais Mix vieillit et perd la vue. Pour un chat aventurier, c'est tristoune. Heureusement, une petite souris très bavarde vit dans le coin, et va devenir son amie... et ses yeux !

Un petit conte pour tous les âges, illustré, qui fait plaisir à lire.


mercredi 6 septembre 2017

Les petits riens de la vie

Ces nouvelles de Grace Paley ne me laisseront pas un souvenir inoubliable. À peine terminées, je ne me souviens pas de chacune en détail.
 
L'ambiance générale est celle de l'Amérique urbaine des classes pauvres et juive. Il y a généralement une femme et mère au centre, qui tente mollement d'élever ses enfants et de subvenir aux besoins de la famille. Le ton est léger, porté à l'humour et aux histoires de fesses, mais la réalité semble plutôt sombre. Ni l'écriture ni les thèmes ne m'ont réellement plu, je vous propose tout de même les titres du recueil :
Matisse, Odalisque à l'échiquier

Au revoir et bonne chance. L'aventure d'une jeune caissière d'un théâtre avec Vlachkine, un acteur à la mode.
Jeune femme, vieille femme. Une petite soeur pique son amoureux à sa grande soeur, ambiance Libération et Lolita.
Le rôti rose pale. Retrouvailles d'Anna et Peter dans un parc, il lui file un coup de main pour porter des cartons et se retrouve dans son lit.
La voix la plus forte. Une petite juive, Shirley, devient narratrice pour le spectacle de Noël de l'école.
Le concours. Freddy aime beaucoup les filles, surtout Dot. Pour lui plaire, il l'aide à jouer à un concours "Cent juifs à la une".
Un intérêt dans la vie. Elle commence ainsi : "Une année, à Noël, mon mari m'a donné un balai". Et ça se poursuit par le départ du mari qui l'abandonne avec ses enfants. Et le fils de la voisine qui passe la voir réguliérement.
Un diamètre irrévocable. Charles rencontre Cindy. Il est un peu vieux pour elle mais qu'à cela ne tienne ! Et il se retrouve marié.
Deux brèves histoires tristes tirées d'une vie longue et heureuse : 1. Les éléveurs de garçonnets d'occasion. Blême et Blafard, l'un père naturel, l'autre adoptif avec leur femme, Faith. 2. Un sujet d'enfance. La même Faith avec ses enfants et son ami Clifford.
A l'époque qui fit des singes de nous tous. Eddie élabore des inventions avec ses amis dans le cellier de l'immeuble.
La vérité flottante. Elle cherche un boulot, il lui invente un CV de rêve. Avec changement de nom du personnage masculin à chaque phrase.
 

mardi 5 septembre 2017

L’architecte. Portraits et Clichés

Portraits et clichés, le ton est donné, il s'agit d'aller voir du côté de la représentation de l'architecte. Du grand architecte de l'univers, au maître d'oeuvre en passant par les archistars, le parcours invite à découvrir ce que chaque époque a montré de ses architectes.
 
Aux origines, on croise l'incontournable Imhotep, architecte divinisé par les égyptiens, ainsi que quelques noms dans les textes antiques. Mais c'est au Moyen-Age que se fixent les premières représentations d'un architecte avec compas, équerre et maquette. Ces attributs le suivront jusqu'au début du XXe siècle.
A l'époque moderne, les représentations vont augmenter, de "Celui qui bastit, ment" à l'homme de pouvoir, représenté comme un grand de son temps. Au XIXe siècle, les portraits se multiplient et l'architecte n'y échappe pas. Garnier tout particulièrement est photographié, peint, gravé, sculpté... et caricaturé ! Les frères Goncourt, à la langue bien pendue nous en disent ceci :
« Garnier, l’architecte de l’opéra, avec sa tête de Masaccio et sa voix enrhumée, qui le font descendre à la fois des primitifs et du Cantal, avec ses déformations de la mâchoire inférieure, dans les déglutitions, qui le font ressembler à un poisson qui gobe un hameçon, avec son importance gourmée mêlée à des pétarades de vieux rapin romantique, est un voisin de table désagréable à entendre parler, désagréable à voir manger »
Au XXe siècle, on peut admirer des défilés d'architectes revêtus de leurs réalisations, les photos de la vie en école, les stars... et tous les contemporains qui se sont prétés au jeu dans la rue haute, qui mène à l'entrée de l'expo. Enfin, on voit surtout l'image du métier qui se diffuse dans la société et l'on retrouve une présence de l'architecte dans les films, les jeux, les timbres...
 
Un parcours intéressant mais qui manque parfois d'informations sur les oeuvres choisies, sur l'objet de l'exposition, qui montre mais ne questionne pas beaucoup. Bref, je reste sur ma faim.
 

qui bastit ment
Qui Bastit ment © Source gallica.bnf.fr / BnF 
 

samedi 2 septembre 2017

Tous, des sang-mêlés

Expo sur l'identité culturelle au MAC VAL, musée que je découvre pour l'occasion (et qui est très près de Paris, contrairement à l'image que j'en avais).

Ce n'est pas une exposition qui nous démontre quelque chose. C'est plutôt une exposition où l'on choisit son chemin. La salle est vaste, les oeuvres nombreuses et diverses. Les médiums variés : photos, vidéos, peintures, sculptures, installations, etc. Les artistes, tout autant. Les oeuvres se répondent-elles ? Ou font-elles cacophonie ? A chacun de voir. Elles ont chacune une histoire et une compréhension propre. Et c'est à nous de faire les liens.

Je ne vais pas revenir sur les 60 artistes mais vous évoquer quelques éléments.

D'abord, la Round Table de Chen Zhen. C'est effectivement une table ronde dans laquelle sont incrustées des chaises de toutes tailles, formes et origines. Des chaises sur lesquelles il est impossible de s'assoir. Chevaliers, cette table est une utopie ! Le pouvoir prime sur l'idéal d'égalité et de paix. Ou du moins, c'est ce qu'on croit lire dans cette oeuvre créée pour l'anniversaire de l'ONU.

Chen Zhen


Puis Arlésienne de Ninar Esber interroge sur l'identité à travers l'incontournable petite photo. Mais ici, d'où vient cette femme ? A partir d'un même modèle, l'artiste elle-même, coiffée et maquillée différemment, des dizaines de nationalités sont évoquées et questionnées. Plaquées sur les photos. Éternelle étrangère ou de partout ?
Ninar Esber


On croise aussi un groupe à taille humaine, d'hommes et de femmes sans visage, sans couleur, grossiers, gris. Qui sont-ils ? Sont-ils d'ici ou d'ailleurs ? Sont-ils ensemble ? Où vont-ils ? Sont-ils inquiétants et dangereux ? Décontextualisés, presque déshumanisés, ce sont des ombres que nous propose Karim Ghelloussi dans ses Passagers du silence.
Passagers du silence

Il y a aussi des oeuvres pleines d'humour et de vanité comme la copie d'un cavalier de Géricault à l'oriental, la sculpture d'Elisabeth II couronnée de bois de cerfs, les photos et vidéos Perfect Mountain sur l'imaginaire culturel des montagnes suisses allemandes, l'impossible pose d'Harold Offeh...

Il y a des oeuvres sur la langue, la traduction, avec les fables du Panchatantra par Katia Kameli ou Lingua madre de Violaine Lochu. D'autres sur les cartes et les frontières, notamment une très chouette vidéo et des cartes de Bady Dalloul, Dicussion between gentlemen. 



Bady Dalloul

Bref, une expo très riche, où chacun trouvera de quoi penser !

vendredi 1 septembre 2017

Pourquoi je suis devenu prêtre

Je ne connaissais pas Jean-Marie Petitclerc avant cette année. Mais j'ai croisé le Valdocco, association fondée par ce polytechnicien devenu prêtre et éducateur et j'ai eu envie d'en savoir plus sur la personne. 

A travers ce petit bouquin, le prêtre salésien témoigne de sa rencontre avec Jean Bosco, d'un accident qui a changé sa vie, des engagements qu'il a pris auprès des plus pauvres, de ses choix de vie, de ses rencontres... Dans son quotidien d'éducateur, il note deux changements importants sur ces dernières décennies : la destructuration de la cellule familiale avec l'absence des pères et la banalisation de la transgression. C'est un florilège que je souhaiterai vous offrir dans ce billet plus qu'une paraphrase de l'histoire de Jean-Marie Petitclerc.

"Nouer une relation de proximité, comprendre l'univers du jeune, connaitre son histoire et valoriser ses talents"

"Il existe deux manières de se servir de son intelligence. Soit on prend les décisions à la place des autres ; soit on se sert de son intelligence pour éclairer les autres sur la prise de décision"

"L'aventure et l'action me passionnaient plus que la théologie, même si cette dernière m'intéressait beaucoup. Je savais alors que ce qui m'attirait, c'était de devenir un prêtre actif, une sorte d'aventurier de Dieu"

"On ne pénalise pas un bon élève en lui permettant de s'occuper de moins bons, mais on l'aide ainsi à devenir meilleur. J'ai découvert aussi à ce moment là que lorsque j'apporte quelque chose à un jeune en difficulté, lui aussi en retour m'enrichit [...] En m'attardant sur ses propres questions, je peux comprendre son cheminement de pensée"

"Il y a deux manières de vivre sa vie d'homme : se laisser porter par une succession de hasards et de nécessités, ou bien se dire qu'on est sur terre pour faire quelque chose, pour répondre à un appel. Il va donc s'agir de discerner les signes qui montrent à quoi on est appelé"

"Don Bosco a donc élaboré une pédagogie fondée sur trois notions fondamentales: la confiance, l'alliance et l'espérance [...] le jeune ne se sent en confiance qu'auprès de celui dont il se sent estimé. Il s'agit aussi de faire alliance avec le jeune, considéré non comme un destinataire mais comme un partenaire de l'action éducative. Et enfin, il convient de ne jamais réduire le jeune à ses comportements ou à ses performances du moment. Il faut toujours ouvrir un avenir et ne jamais "étiqueter" l'adolescent"

"Le manque de respect d'un jeune à notre égard ne doit jamais justifier notre manque de respect envers lui"

"Quel que soit le comportement d'un jeune, aussi stupide, aussi inadapté nous semble-t-il de prime abord, ce jeune a toujours ses raisons de l'adopter. Je ne dis pas qu'il a raison de le faire. Au contraire, il peut avoir tort. Mais tant qu'on n'a pas compris ses raisons, notre réponse risque d'être stupide ou inadaptée"

"Bien que j'opte pour une vie de pauvreté, de célibat et de renoncement à tout plan de carrière, oui je peux être heureux"

"Je vois pour ma part trois chemins qui mènent à la rencontre de Dieu. Le chemin "vertical", celui de l'émerveillement, le chemin "horizontal", celui de la solidarité et le chemin "en profondeur", celui de l'intériorité"

"La première qualité du disciple du Christ, c'est d'être le révélateur des qualités de l'autre"


jeudi 31 août 2017

La planète des singes

Le visionnage récent de La planète des singes - Suprématie au cinéma m'a donné envie de découvrir le roman de Pierre Boulle. Il ne m'avait jamais tentée et j'en sors totalement conquise.

Des voyageurs intergalactiques attrapent une bouteille à l'espace contenant un récit très curieux. Il s'agit du journal d'Ulysse Mérou, terrien en mission pour découvrir de nouvelles galaxies. Ce journaliste a eu l'honneur d'accompagner l'illustre professeur Antelle et Arthur Levain, physicien, à la recherche d'autres planètes qui pourraient abriter la vie. À peine atterris, ils rencontrent des humains qui vivent comme des primitifs, sans langage ni raison. Au cours d'une chasse à l'homme, Ulysse est fait prisonnier avec d'autres humains. Et il découvre que les êtres raisonnables de cette planète sont les singes. Il n'a donc cesse de faire savoir aux singes qu'il est aussi doué de raison. C'est grâce à Zira et Cornélius qu'il pourra le faire et comprendre comment les singes sont devenus maîtres de cette nouvelle planète. Commence alors pour lui une quête à la recherche des origines...

Très bon roman de SF rondement mené. Il n'en faut pas plus pour questionner sur notre humanité, notre rapport à l'autre, notre lien au progrès, au confort, etc. Reprenant le principe classique du récit en incise, il reste surprenant jusqu'au bout.

mercredi 30 août 2017

La planète des singes - Suprématie

Accompagnant un petit groupe au ciné, je n'ai pas eu mon mot à dire sur le choix du film. N'ayant pas vu les deux premiers volets du préquel de La planète des singes, je n'aurai pas forcément choisi de voir le trois. Mais un petit tour sur Wikipedia m'a bien renseigné sur l'histoire.

Tout commence sur une scène de guerre entre singes et humains. César, le chef des singes, et les siens sont poursuivis par un général qui souhaite les éradiquer. Devant la mort de sa femme et son fils ainé, César choisit de se venger du général McCullough. Il laisse son peuple s'éloigner et part en solitaire, rejoint bien sur par ses amis fidèles, Maurice, Luca et Rocket. Ils suivent les troupes pour découvrir un camp retranché où les singes sont réduits en esclavage et construisent un mur contre des ennemis... humains ! Car le général est un dissident. Par ailleurs, un autre mal semble décimer les humains après la grippe des singes...

Film d'action rondement mené, avec un héros, César, toujours au top malgré ses moments noirs. On est dans un bon film américain avec effets spéciaux, coups de bol et clichés : bons et méchants que l'on tente de nuancer... Mais qui périssent tous par où ils ont péché... Sans surprise.


vendredi 25 août 2017

La culture au pluriel

Petit mais passionnant cet essai de Michel de Certeau sur la ou les culture(s), au singulier ou au pluriel ! Il s'intéresse notamment à la culture dite savante et à la privatisation de la culture, à sa fonction répressive et à sa perte de signification. Il jette un regard très lucide sur la récupération politique des faits culturels.

Benares, Inde

L'ouvrage se compose ainsi :

I. Exotismes et ruptures du langage 

1. Les révolutions du « croyable » 
2. L’imaginaire de la ville
3. La beauté du mort
4. Le langage de la violence 

II. Nouveaux marginalismes 

5. Les universités devant la culture de masse 
6. La culture et l'école
7. Minorités

III. Politiques culturelles 

8. L'architecture sociale du savoir
9. La culture dans société
10. Le lieu où l’on traite de la culture

A partir d'exemples comme celui du folklore au XIXe siècle, Michel de Certeau montre comment la collection et l'étude folklorique viennent forger une pseudo identité régionale ou nationale au moment même où celle-ci disparait. Mais aussi combien les revendications culturelles sont un peu les revendications d'un moribond, qui n'a plus d'autres forces à mettre dans la bataille, qui disparait économiquement et politiquement. Il s'intéresse également aux liens étroits entre la langue et les comportements culturels. 

Comme Bourdieu, il montre que la culture est l'affirmation d'une appartenance sociale, d'un pouvoir qui exclut ceux qui n'ont pas les mêmes codes. Et c'est une façon de perpétuer des rapports de force. Il va jusqu'à parler d'un colonialisme culturel, installé par les technocrates contemporains, qui cherchent à posséder cette culture, à la vendre, à la monnayer, à emprisonner les populations dans un rôle de public et de consommateur culturel. 

Mais surtout, il met en garde contre une culture au singulier, qui est liée au pouvoir, et prône une culture au pluriel, toujours à défendre. Une bonne base pour s'interroger sur le relativisme culturel !
 
« Pour qu'il y ait véritablement culture, il ne suffit pas d’être acteur de pratiques sociale, il faut que ces pratiques sociales aient un signification pour celui qui les effectue » [...] la culture « consiste non à recevoir, mais à poser l’acte par lequel chacun marque ce que d’autres lui donnent envie de vivre et de penser »
 

mercredi 23 août 2017

Moi, moche et méchant 3

Eh oui, on a cédé aux sirènes du marketing qui nous proposent toujours des suites et des suites à des films sympas qui en deviennent lassants (cf. Shrek). Si celle ci n'est pas trop mal, c'est surtout grâce au méchant issu des années 80 qui trimballe ses références avec lui, Balthazar Bratt. 
Gru est devenu agent secret, avec Lucie, et veille sur les trois filles. Fini la vilenie, les gros engins et les minions. Place à la vie de famille tranquille. Mais ce n'est pas trop le trip des minions qui se cherchent un nouveau méchant... Et puis, les forces secrètes ne pardonnent pas les échecs de Gru et le caractère ardent de Lucie. Tchao le boulot ! Dans la foulée, Gru se découvre un frère jumeau ignoré, éleveur de cochons, qui rêve de devenir un super méchant. Le scénario est en place, il ne reste qu'à dérouler !

Un film amusant et sympa, parfait pour garder la tête en vacances.

vendredi 18 août 2017

Guide des égarés

J'ai l'impression que, d'années en années, Jean d'Ormesson écrit toujours le même livre. Un livre qui se veut un essai, qui flirte avec la philo, la littérature, l'histoire, les sciences mais toujours comme un amateur éclairé, sans rien fouiller vraiment. Et j'ai l'impression qu'il ressasse toujours les mêmes exemples. On est loin du souffle romanesque de l'Histoire du Juif errant ou de la Douane de mer

En toute simplicité, notre auteur tente de répondre à la question de l'existence : que fait-on là ? D'où venons-nous? Où allons-nous ? Et cela en 29 points ! Les voici : l'étonnement, la disparition, l'angoisse, le secret, l'énigme, le mystère, les nombres, la science, l'espace, la matière, l'air, l'eau, la lumière, le temps, la pensée, le mal, la liberté, la vie, la mort, le plaisir, le bonheur, la joie, l'histoire, le progrès, la justice, la beauté, la vérité, l'amour, Dieu.

Ce n'est pas désagréable à lire mais un peu fade, un peu remâché, sans rien qui fait trembler ou s'interroger...


mercredi 16 août 2017

La cucina d'Ines

Ce petit live de Philippe Fusaro illustré par Albertine retrace une rencontre. Celle de Philippe avec Ines, lorsqu'il passe une année dans les Pouilles. Fils d'italien, il se souvient avoir beaucoup cuisiné avec son père et sa grand mère. Lors de son année italienne, c'est avec sa voisine Ines qu'il se remet à la cuisine. Méfiante, elle commence par le nourrir avant de lui donner des conseils et de se mettre en cuisine avec lui.

Après quelques pages sur leur amitié et leurs moments culinaires, l'auteur nous livre quelques recettes alléchantes, écrites avec humour et volubilité ! 

Un petit ouvrage qui donne envie de voyager.

lundi 14 août 2017

Artistes sans art ?

Cet ouvrage de Jean-Philippe Domecq est lu depuis des mois. Je n'avais toujours pas pris le temps de vous en parler. Il est composé de diatribes contre l'art contemporain. Il propose une critique de cet art qui n'a plus de limites, qui prend tout l'espace du monde et appelle à se méfier : nous ne serions pas dans une énième querelle des Anciens et des Modernes mais dans une crise artistique plus profonde. Une crise de la pensée, une bulle intellectuelle et spéculative. 

Jean Dubuffet, La rue, 1980

Voici comment se divise l'ouvrage : 

I. L'art contemporain contre l'art moderne
Et si le fait d'avoir raté Van Gogh justifiait le prix fou de ses toiles aujourd'hui ? Et si cette sacralisation tentait de rattraper l'indifférence initiale ? Et si l'on avait désormais peur de rater le prochain Van Gogh ? Est-ce pour cela qu'on sacralise tant d'artistes sur le simple critère de la nouveauté de leur œuvre ? Et là, on casse du Warhol. Et du Buren.

"Le rire sanguin que le fasciste oppose à l'art moderne a un antécédent historique que l'idéologie moderniste cultive précieusement dans ses pages de gloire. C'est en 1863, au Salon des Refusés, la foule s'esclaffant devant le Déjeuner sur l'herbe, et par la suite refusant les œuvres que l'histoire de l'art retiendra parmi les plus significatives de l'époque [...] Ce rire symbolisa, jusqu'à nos jours, le divorce entre le public et l'innovation artistique, divorce dont les avant-gardes artistiques ensuite se firent une gloire, un devoir, et un critère systématique. La rhétorique moderniste s'est servie de ce réflexe populaire, en effet significatif d'une constante, pour congédier d'avance toute réaction critique face aux productions de l'art moderne". 
 
II. Quand la signature s'est mise à suffire
Les critiques d'art ont aussi leur responsabilité dans la course à la nouveauté, faisant la pluie et le beau temps sur la valeur commerciale des artistes et de leurs œuvres. On parle d'impératif néomaniaque (oui, c'est un peu effrayant). Il est aussi question de tout l'arsenal spéculatif de l'art, qui prend presque le pas sur les œuvres et impose une hiérarchie nouvelle : c'est initialement l’œuvre qui prime sur le discours. 

III. De l'expérimentalisme et de l'invention
L'art du début du XXe se construit autour de révoltes de fond, qui multiplient les avant-gardes. Mais elle tend ensuite à devenir le principe d'innovation, il faut être en rupture, même s'il n'y a pas de fond derrière. Parmi ceux qui trouvent grâce aux yeux de Domecq, qui construisent leur art en intériorisant les avant-gardes sans en faire un indispensable, il y a Giacometti ou Hopper par exemple, à qui l'auteur consacre un joli chapitre. 

Un ouvrage critique intéressant quoi que parfois répétitif, qui questionne sur notre appréhension de l'art moderne. 

jeudi 10 août 2017

La bibliothèque, la nuit

Expo visitée peu avant sa fermeture à la BNF.

Avec un titre pareil, j'aurais eu du mal à laisser passer cette expo. Il faut dire que malgré le peu de lectures que j'ai pu faire de Manguel, j'en garde un souvenir ébloui. Et puis les histoires de bibliothèques, ça me plait ! J'ai trouvé l'expo un peu courte mais néanmoins intéressante, plus dans la forme que dans le fond.

La première salle expose des objets en rapport avec la bibliothèque comme espace de classement, espace architectural, espace de rêves. On découvre de jolis ex-libris, quelques maquettes étonnantes, des plans, des œuvres contemporaines. A vrai dire, ça fait un peu salle d'attente améliorée. 

Car l'on attend que s'ouvre la porte de la bibliothèque de Manguel. Enfin, l'une de ses bibliothèques, en France. On entre, on explore les rayons, on s'étonne de certains titres, de la diversité des thèmes... Puis on est plongé dans l'obscurité et la voix de Manguel nous introduit à quelques secrets du lieu. Là, je déplore que cela soit si court. Il y a tant à explorer. Mais il faut suivre le rythme, d'autres certainement attendent.

Une porte dérobée s'ouvre et l'on entre dans une forêt. Des bureaux de la BNF avec leur siège et lampe. Des personnes installées dans les sièges, avec un masque, tournent sur elles-mêmes, bougent lentement la tête. C'est un peu effrayant. Chacun est dans son monde. Et les arbres et les feuilles les contemplent. Et l'on s'assoit à son tour et l'on se coiffe de ces lunettes et de ce casque pour s'immerger dans 10 bibliothèques que nous allons visiter virtuellement, restant toujours au centre de l'image et pouvant explorer l'espace environnant à 360°. La voix de Manguel nous raconte une anecdote, un événement, un peu de cette bibliothèque réelle, imaginaire ou disparue. D'Alexandrie, au Nautilus en passant par Sarajevo, chacune nous dit un peu de la volonté de comprendre ou de maîtriser le monde. 10 immersions, plutôt belles et originales, voyages dans le temps et l'espace. 

Une expo qui m'a laissée un peu sur ma faim, et un peu sonnée. Certes, j'avais pris en compte la composante virtuelle, mais c'est vraiment elle qui est au cœur de l'expérience. Et ce n'est pas ce qui m'éclate le plus. Je reste frappée par la solitude de chacun dans sa visite, dans son masque, et de la joie de parler à la médiatrice en sortant de la visite. 

Pour rester avec Manguel, il y a son Histoire de la lecture
 

lundi 7 août 2017

La colombe

Roman court ou nouvelle de Dumas, cette lecture fut tout à fait charmante.

Stilman BeatriceAprès des jours d'absence, Iris, la colombe d'une jeune nonne, retrouve son foyer. Mais elle a à la patte une lettre qui explique sa disparition. Une correspondance commence entre un jeune frère et la nonne. Tous deux se sont cloitrés pour fuir une histoire d'amour douloureuse. Hélas, la correspondance n'est pas le meilleur moyen pour sortir du monde et notre colombe est bien mise à contribution... 

Jusqu'au jour où les nouveaux amis décident de se révéler mutuellement leur identité. Je vous laisse la surprise, même si on sent venir la révélation. C'est alors une nouvelle partie qui se joue, toujours autour de notre jolie colombe.

Héroïsme, amour blessé, correspondance, il y a de tout pour faire de cette histoire une romance d'été sympathique et pas mal écrite. Le suspense n'est pas trop lourd et le happy-end pointe son nez. De la chick-lit à la Dumas.


vendredi 4 août 2017

Mystère rue des Saints-Pères

Ce polar de Claude Izner patientait dans ma PAL depuis des plombes. Ayant décidé de m'atteler à la montagne, il a fait partie des premiers à changer de pile. Sympa pour son ambiance, pas dingue pour son intrigue, il sera parfait sur la plage.

1889, l'expo universelle bat son plein et l'on inaugure la Tour Eiffel. Parmi les badauds, Victor Legris et Kenji Mori, tous deux libraires. Ils ont rendez-vous avec Marius Bonnet et sa fine équipe du Passe-Partout. Parmi les journalistes, une belle dessinatrice, Tasha, ensorcelle Victor. Rapidement, un drame distrait son attention, une femme s'écroule, piquée au coup. Abeilles tueuses ? Crime farfelu ? Tout aurait pu s'arrêter là. Mais d'autres morts étranges se succèdent à l'expo universelle. Heureusement, Victor est sur le coup... Enfin, quand il ne rêve pas de Tasha.


Ce que j'ai préféré de ce livre reste Paris et son air de fête, les merveilles de l'expo, les quartiers si divers entre la rue des Saints-Pères et le coin de Tasha, les courses incessantes de Victor.. Et bien sûr, la librairie, où Joseph travaille plus que nos deux libraires réunis. Mais le lieu ne fait pas tout, les personnages auraient mérité un peu plus de soin ainsi que l'intrigue, finalement très simple et sans intérêt.

mercredi 2 août 2017

Le maitre ignorant, cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle

Mes dernières lectures ont plutôt été assez spécialisées. Je m'en excuse d'avance auprès de mes lecteurs, qui attendent peut-être plus de détente avec les beaux jours. 

Jacques Rancière propose avec cet ouvrage la mise en lumière de Joseph Jacotot, qui postule l'égalité des intelligences. 

En 1818, Joseph Jacotot enseigne à l'université de Louvain. Il utilise le Télémaque de Fénelon pour enseigner le français. Comme il ne connait pas le flamand, il ne peut rien expliquer. Il se contente de donner des parties du livre, en version bilingue, à lire aux élèves. Eux doivent résumer ce qu'ils comprennent. Et ils comprennent et écrivent un bien joli français. Voilà qui étonne ! Le maître n'a donc plus besoin d'aider l'élève à comprendre et de mettre une distance entre comprendre et apprendre. C'est au contraire une méthode pour abrutir les hommes... Et de développer cette théorie et ses conséquences politiques.

Une lecture intéressante mais sur laquelle je n'ai que peu à dire. Je n'ai aucune idée de comment fonctionne le processus d'apprentissage et la justesse de l'analyse m'est difficile à analyser. Je vous laisse avec des extraits. N'hésitez pas, pour ceux qui en savent plus, à me laisser vos avis/idées ci-dessous.
"Il faut dire plus précisément qu'il divise l'intelligence en deux. Il y a, dit-il, une intelligence inférieure et une intelligence supérieure. La première enregistre au hasard des perceptions, retient, interprète et répète empiriquement, dans le cercle étroit des habitudes et des besoins. C'est l'intelligence du petit enfant et de l'homme du peuple. La seconde connaît les choses par les raisons, elle procède par méthode, du simple au complexe, de la partie au tout. C'est elle qui permet au maître de transmettre ses connaissances en les adaptant aux capacités intellectuelles de l'élève et de vérifier que l'élève a bien compris ce qu'il a appris. Tel est le principe de l'explication. Tel sera désormais pour Jacotot le principe de l'abrutissement."
"Mais aussi l’intelligence qui leur avait fait apprendre le français dans Télémaque était la même par laquelle ils avaient appris la langue maternelle : en observant et en retenant, en répétant et en vérifiant, en rapportant ce qu’ils cherchaient à connaître à ce qu’ils connaissaient déjà, en faisant et en réfléchissant à ce qu’ils avaient fait. Ils étaient allés comme on ne doit pas aller, comme vont les enfants, à l’aveuglette, à la devinette. Et la question se posait alors : est-ce qu’il ne fallait pas renverser l’ordre admis des valeurs intellectuelles ? Est-ce que cette méthode honnie de la devinette n’était pas le vrai mouvement de l’intelligence humaine qui prend possession de son propre pouvoir ? Est-ce que sa proscription ne signait pas d’abord la volonté de couper en deux le monde de l’intelligence ? "
"Elle était une autre voie, celle de la liberté, cette voie que Jacotot avait expérimentée dans les armées de l’an II, la fabrication des poudres ou l’installation de l’École polytechnique : la voie de la liberté répondant à l’urgence de son péril, mais aussi bien celle de la confiance en la capacité intellectuelle de tout être humain."
"L’expérience lui sembla suffisante pour l’éclairer : on peut enseigner ce qu’on ignore si l’on émancipe l’élève, c’est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence. Maître est celui qui enferme une intelligence dans le cercle arbitraire d’où elle ne sortira qu’à se rendre à elle-même nécessaire. Pour émanciper un ignorant, il faut et il suffit d’être soi-même émancipé, c’est-à-dire conscient du véritable pouvoir de l’esprit humain."
"La méthode socratique de l'interrogation qui prétend conduire l'élève à son propre savoir est en fait celle d'un maître de manège : "il commande les évolutions, les marches et les contremarches. Quant à lui, il a le repos et la dignité du commandement pendant le manège de l'esprit qu'il dirige. De détours en détours, l'esprit arrive à un but qu'il n'avait même pas entrevu au moment du départ. Il s'étonne de le toucher, il se retourne, il aperçoit son guide, l'étonnement change en admiration et cette admiration l'abrutit. L'élève sent que, seul et abandonné à lui-même, il n'eût pas suivi cette route""
"La déraison sociale trouve sa formule ramassée dans ce qu'on pourrait appeler le paradoxe des inférieurs supérieurs : chacun y est soumis à celui qu'il se représente comme inférieur, soumis à la loi de la masse par sa prétention même à s'en distinguer."

lundi 17 juillet 2017

Les quatre fleuves

J'ai eu la joie de découvrir un Vargas un peu différent de ceux que je connaissais. Ici, il s'agit d'un roman graphique, presque d'une bande dessinée en collaboration avec Edmond Baudoin. 

On reste dans l'univers familier du polar et Adamsberg est au rendez-vous. Il ne ressemble pas du tout au Adamsberg de mon imagination. Danglard non plus. Mais tant pis. Par contre, l'enquête est sympa. Plus courte que d'habitude, certainement à cause du format mais pas moins palpitante ! 

Grégoire et Vincent organisent souvent des vols à la tire et autres magouilles. Mais cette fois-ci, ils s'attaquent à un poisson trop gros pour eux. Dans le sac du vieux qu'ils ont bousculé, il y a pas mal de trucs louches. Astrologie, magie noire et compagnie. Et Vincent se fait descendre. Grégoire tourne un peu trop près de l'immeuble de Vincent, ce n'est pas prudent. Et Adamsberg le repère. Il faut dire que Grégoire ne passe pas inaperçu avec ses rollers et ses cannettes de bière, qu'il ramasse pour son père. Lequel les utilise pour reproduire la fontaine des quatre fleuves du Bernin. Dans son jardin.

Bref, tout le monde est un peu tapé chez Vargas. Surtout les meurtriers. Et celui-là, il est possible que ce ne soit pas un vieux inoffensif mais Le Bélier, tueur en série qui signe ses crimes d'un joli bélier... Bref, ça craint pour Grégoire car Adamsberg a beau sentir les trucs, il n'est toujours pas d'une vivacité qui permette de tout contrer...

Très chouette cette collaboration entre Vargas et Baudoin, une bonne lecture pour se détendre cet été. 

Bernin, 4 fleuves, rome

jeudi 13 juillet 2017

Au-delà des étoiles. Le paysage mystique de Monet à Kandinsky

Voilà une expo que j'ai beaucoup apprécié au musée d'Orsay mais dont je n'ai pas pris le temps de vous parler. Mea culpa. Riche et intéressante, elle exposait notamment des artistes canadiens qui m'étaient inconnus. 

Le paysage comme reflet d'une quête mystique et spirituelle, ce n'est pas une idée très nouvelle. Rappelez-vous nos amis Romantiques ! La question soulevée est ici plus tardive, de l'impressionnisme au début du XXe siècle. Et elle s'intéresse parfois plus à la réception par l'oeil du visiteur qu'à l'intention de l'artiste. Cela donne des interprétations un peu ridicules sur des œuvres qui inspireraient ou non un sentiment de transcendance. Et des métaphores simplistes autour du cycle de la vie... Bref, ne vous attardez pas sur les explications de certaines salles, notamment la première, profitez des œuvres. Ensuite, on suit la démarche d'artistes qui veulent mettre du sacré dans l'art, comme Puvis de Chavannes, Maurice Denis et Emile Bernard. Là, c'est moins tordu comme rapprochement. Évidemment, c'est aussi l'espace pour les peintures qui intègrent les saints ou le Christ.



Puis l'on passe au Canada, avec des paysages vides, vierges, lumineux. Des grands espaces. Les artistes se rattachent plus ou moins à des courants théosophiques... Bien, bien. Et vient enfin la nuit du titre. Paysages nocturnes, vivants de lumières éparses ou vides. Comme le ciel ? De nouveau, on se pose la question du rapport au mystique. Et plus encore dans la salle suivante dédiée à la guerre qui transforme les paysages.

Enfin, on aborde l'univers, les étoiles, les planètes, le cosmos tout entier. On nous livre les convictions ou questionnements des artistes. Est-on encore dans le paysage ? C'est un autre débat.

Une exposition dont le sujet m'a semblé mal cadré, ou que j'ai mal compris, avec des rapprochements parfois forcés. Mais des oeuvres très intéressantes, inconnues de moi.

vendredi 7 juillet 2017

Lucrèce Borgia

Dernière représentation au Théâtre 14 avec Emmanuel Dechartre, Frédérique Lazarini, Didier Lesour, Marc-Henri Lamande, Louis Ferrand, Hugo Givort, Clément Heroguer, Pierre-Thomas Jourdan, Kelvin Le Doze et Adrien Vergnes. 

Rien de tel qu'un drame de Hugo pour clôturer l'année ! Une pièce portée par de très bons comédiens, mention spéciale à Frédérique Lazarini, même si elle a tendance à en faire un peu trop. Zéro mise en scène, usage intéressant de la musique, heureusement, il y avait des comédiens !

Le drame, vous le connaissez sans doute : Gennaro est un soldat de hasard, qui ne connait pas les siens. Il vit avec des amis qui ont tous perdu un parent par la malice des Borgia. Alors qu'ils sont à Venise, Gennaro et Lucrèce Borgia (masquée et présente comme par hasard) s'entretiennent de la mère disparue de Gennaro. Mais le groupe la reconnait et la nomme à Gennaro.
On passe ensuite à Ferrare, ville de Lucrèce, où nos jeunes gens ont à faire. Gennaro insulte la duchesse et est arrêté. Lucrèce le sauve. Mais elle condamne ses amis. Et tout cela se finit bien mal. Oui, parce que Gennaro n'envisage pas une seconde que Lucrèce s'int
éresse à lui pour d'autres raisons qu'un amour adultère.

Une représentation très chouette, qui sert le drame, qui exagère parfois trop les effets mais te laisse pantelant et questionné. Plutôt bon signe !